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[SƎANCES FANTASTIQUES] : #148. Sunshine

Credit photo : Alex Bailey. © 2007 Fox Searchlight Pictures / DNA Films. Tous droits réservés.

Parce que les (géniales) sections #TouchePasAMes80s et #TouchePasNonPlusAMes90s, sont un peu trop restreintes pour laisser exploser notre amour du cinéma de genre, la Fucking Team se lance dans une nouvelle aventure : #SectionsFantastiques, ou l'on pourra autant traiter des chefs-d'œuvres de la Hammer que des pépites du cinéma bis transalpin, en passant par les slashers des 70s/80s et quelques hauts faits du thriller sous tension; mais surtout montrer un brin la richesse d'un cinéma fantastique aussi abondant qu'il est passionnant à décortiquer. Bref, veillez à ce que les lumières soient éteintes, qu'un monstre soit bien caché sous vos fauteuils/lits et laissez-vous embarquer par la lecture nos billets !



#148. Sunshine de Danny Boyle (2007)


Sunshine est l'une des œuvres de science-fiction les plus ambitieuses, les plus sensuelles et les plus courageuses du cinéma britannique contemporain, un film qui ose regarder le soleil en face, au sens le plus littéral et le plus métaphorique du terme, et qui en revient transformé, brûlé, magnifié. Réalisé par Danny Boyle et sorti en 2007, ce film inclassable et fascinant est le fruit d'une collaboration entre un cinéaste au sommet de son art et une équipe de création d'une ambition et d'une rigueur exceptionnelles, qui ont choisi de faire de la science-fiction non pas un prétexte au spectacle mais un instrument de réflexion sur les questions les plus fondamentales et les plus vertigineuses qui puissent habiter l'esprit humain, la vie, la mort, le sacrifice, la folie et la place de l'humanité dans un univers qui la dépasse infiniment.

La genèse du projet est indissociable de la rencontre entre Danny Boyle et le scénariste Alex Garland, collaboration fructueuse qui avait déjà produit 28 Jours Plus Tard, film de zombies britannique devenu instantanément culte pour sa capacité à réinventer un genre épuisé avec une énergie et une intelligence remarquable. Garland, dont l'imagination fertile et la rigueur intellectuelle constituent des atouts précieux pour tout projet de science-fiction ambitieux, développe l'idée d'un film se déroulant dans un futur proche où le soleil est en train de mourir prématurément, une perturbation quantique dans son cœur menaçant d'éteindre définitivement l'étoile qui rend la vie possible sur Terre. Une équipe de huit astronautes à bord du vaisseau Icarus II est envoyée en mission suicide pour déposer une charge explosive d'une masse équivalente à celle de Manhattan dans le cœur du soleil, espérant ainsi relancer sa combustion et sauver l'humanité. Pour préparer ce scénario avec la rigueur scientifique qu'il exigeait, Garland consulte longuement le physicien Brian Cox, alors chercheur au CERN, avant de devenir le célèbre vulgarisateur scientifique que le monde connaît aujourd'hui, dont les contributions permettent d'ancrer le récit dans une plausibilité et une cohérence scientifique qui lui confèrent une gravité et une crédibilité précieuses. Boyle et Garland emmènent également leur équipe de comédiens visiter des installations scientifiques et des laboratoires pour les immerger dans la réalité de la recherche et de la vie en milieu confiné, avec des résultats qui se font sentir dans chaque interaction et chaque dialogue du film.

Credit photo : Alex Bailey. © 2007 Fox Searchlight Pictures / DNA Films. Tous droits réservés.

Cillian Murphy incarne Capa, le physicien de l'équipe, le seul capable de comprendre et d'activer la charge explosive, avec une intensité et une intériorité qui font de lui le cœur émotionnel et intellectuel du film. Murphy, dont le visage anguleux et les yeux d'un bleu presque irréel semblent faits pour le cinéma de science-fiction, compose un personnage d'une profondeur et d'une complexité remarquables, homme de science hanté par la responsabilité écrasante de porter le destin de l'humanité sur ses épaules, qui trouve dans la contemplation directe du soleil une fascination mystique et dangereuse qui le rapproche de la folie autant que de l'illumination. Rose Byrne, dans le rôle de Cassie, pilote de l'Icarus II, apporte une chaleur et une humanité précieuses qui contrebalancent admirablement l'intensité de Murphy. Chris Evans, bien avant de revêtir le costume de Captain America, livre une performance d'une nuance et d'une force remarquables dans le rôle de Mace, ingénieur pragmatique et déterminé dont la logique froide et la volonté de sacrifier l'individu au profit de la mission constituent l'un des fils dramatiques les plus riches du film. Hiroyuki Sanada, dans le rôle du commandant Kaneda, apporte une gravité et une sérénité qui donnent au personnage une dimension presque philosophique, sa scène face au soleil est l'une des plus belles et des plus émouvantes du film. Michelle Yeoh, Troy Garity, Cliff Curtis et Benedict Wong complètent une distribution d'une cohérence et d'une richesse remarquables, chaque acteur habitant son personnage avec une conviction et une précision qui rendent l'équipage de l'Icarus II immédiatement crédible et attachant dans sa diversité et ses tensions internes.

Ce qui fonctionne dans Sunshine avec une puissance et une originalité qui continuent de fasciner longtemps après le générique, c'est d'abord la capacité de Boyle à construire et à maintenir une atmosphère d'une densité et d'une cohérence exceptionnelles. Le film installe progressivement un sentiment de vertige et d'imminence, la conscience écrasante de la présence du soleil, de sa beauté mortelle et de sa puissance incompréhensible, qui ne quitte jamais le spectateur et qui transforme chaque décision, chaque conflit, chaque moment de doute en événement chargé d'une gravité et d'une urgence absolues. Boyle comprend intuitivement que la meilleure science-fiction est celle qui ancre ses enjeux cosmiques dans des réalités humaines et émotionnelles immédiatement compréhensibles, les disputes entre membres de l'équipage, les doutes sur la légitimité des sacrifices consentis, la fascination dangereuse pour l'objet même de la mission, et il maintient cet équilibre avec une maîtrise et une intelligence qui témoignent d'un cinéaste au faîte de ses moyens. La réflexion sur le sacrifice, sur la question de savoir si une vie individuelle peut et doit être sacrifiée pour le bien de l'humanité, est menée avec une honnêteté et une complexité qui refusent les réponses faciles et les consolations morales bon marché.

Credit photo : Alex Bailey. © 2007 Fox Searchlight Pictures / DNA Films. Tous droits réservés.

Sur le plan technique, Sunshine est une œuvre d'une beauté formelle proprement stupéfiante. La photographie d'Alwin Küchler est l'une des plus extraordinaires du cinéma de science-fiction des années 2000, sa manière de représenter le soleil, jamais montré directement mais toujours perçu à travers des filtres, des reflets, des éclats aveuglants qui envahissent progressivement l'image, crée une présence à la fois physiquement ressentie et fondamentalement mystérieuse qui est l'une des réussites les plus singulières du film. La direction artistique des décors intérieurs de l'Icarus II, ses espaces de vie exigus, sa salle des machines organique et oppressante, son bouclier solaire d'or qui capte et diffuse la lumière de l'étoile, est d'une cohérence et d'une inventivité remarquables, créant un environnement habitable et crédible dont chaque recoin raconte quelque chose de la mission et de ses occupants. La musique, composée principalement par John Murphy avec des contributions de Underworld, est une partition d'une puissance émotionnelle dévastatrice, le thème principal, d'une ampleur et d'une beauté qui évoquent simultanément l'infiniment grand et l'infiniment intime, accompagne le film vers son dénouement avec une force et une grâce qui participent pleinement à l'expérience émotionnelle totale que Boyle cherche à produire.

Sunshine est un film qui demande du courage, le courage de regarder quelque chose d'immense et d'aveuglant en face, de laisser la beauté et la terreur coexister sans chercher à les résoudre, d'accepter que les plus grandes questions n'appellent pas de réponses mais d'une contemplation silencieuse et éblouie. C'est l'un des films de science-fiction les plus beaux et les plus importants de sa décennie, et l'une des œuvres les plus personnelles et les plus accomplies d'un cinéaste dont chaque film est une surprise et une leçon.


Jess Slash'her