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[SƎANCES FANTASTIQUES] : #142. Hounds of Love

Copyright UFO Distribution

Parce que les (géniales) sections #TouchePasAMes80s et #TouchePasNonPlusAMes90s, sont un peu trop restreintes pour laisser exploser notre amour du cinéma de genre, la Fucking Team se lance dans une nouvelle aventure : #SectionsFantastiques, ou l'on pourra autant traiter des chefs-d'œuvres de la Hammer que des pépites du cinéma bis transalpin, en passant par les slashers des 70s/80s et quelques hauts faits du thriller sous tension; mais surtout montrer un brin la richesse d'un cinéma fantastique aussi abondant qu'il est passionnant à décortiquer. Bref, veillez à ce que les lumières soient éteintes, qu'un monstre soit bien caché sous vos fauteuils/lits et laissez-vous embarquer par la lecture nos billets !



#142. Love Hunters de Ben Young (2017)

Il existe dans le cinéma australien contemporain une veine sombre et fascinante : celle des films qui regardent la violence en face, sans détourner le regard ni céder à l'exploitation. Hounds of Love, premier long métrage de Ben Young présenté en compétition à la section Venice Days de la Mostra de Venise en septembre 2016, s'inscrit dans cette tradition avec une maîtrise formelle et une profondeur psychologique qui ont immédiatement désigné son auteur comme l'une des voix les plus prometteuses du cinéma de genre australien.

La genèse du projet est intimement liée à l'histoire criminelle de Perth, la ville natale de Ben Young. Fils d'une mère romancière spécialisée dans les affaires de True Crimes, Young a grandi dans un foyer où les faits divers les plus sombres étaient matière à littérature, à analyse et à récit. Enfant, il a été profondément marqué par deux séries de crimes qui ont terrorisé Perth : ceux d'Eric Edgar Cooke, tueur en série des années 1960 surnommé le Night Caller, et surtout ceux de David et Catherine Birnie, couple de meurtriers qui kidnappaient, torturaient et tuaient des jeunes femmes dans leur pavillon de banlieue en 1986 et 1987. Ces crimes des Moorhouse Murders, comme les médias australiens les ont baptisés, ont hanté la mémoire collective de Perth pendant des décennies. Young n'a jamais officiellement reconnu s'en être inspiré directement, mais la correspondance entre les faits réels et son scénario est saisissante. Ce qui l'intéressait avant tout, confie-t-il, c'était la question de la femme meurtrière, cette complicité féminine dans des crimes extrêmes, motivée non pas par la perversion sexuelle qui caractérise généralement les tueurs masculins, mais par quelque chose de plus complexe, de plus trouble : une forme dévoyée d'amour pour un être toxique, une dépendance affective poussée jusqu'à l'abomination. C'est cette question psychologique, davantage que le gore ou le frisson, qui constitue le véritable moteur du film. Young écrit le scénario en partant de cette interrogation centrale et construit autour d'elle un thriller rigoureusement charpenté, où chaque détail narratif est au service de la compréhension des personnages plutôt que du spectacle de la violence. La production, assurée par Melissa Kelly, est soutenue par Screen Australia et Screenwest, et le film est tourné à Perth dans ces mêmes banlieues pavillonnaires dont l'apparence tranquille et ensoleillée dissimule, dans la mémoire collective de la ville, des horreurs bien réelles.

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Le trio d'acteurs que réunit Ben Young est la colonne vertébrale du film, et chacun y livre une performance d'une densité et d'une précision remarquables. Emma Booth incarne Evelyn White, la femme du couple de ravisseurs, avec une subtilité troublante qui fait de son personnage l'âme véritable du film. Evelyn n'est ni simplement une victime de son compagnon ni une monstrueuse complice, elle est quelque chose de bien plus inconfortable : une femme brisée par une histoire personnelle douloureuse, mère dont les enfants lui ont été retirés, prisonnière d'une relation de dépendance et de violence domestique, et pourtant complice active d'actes innommables. Booth navigue dans ces eaux troubles avec une grâce stupéfiante, laissant apparaître par instants la fragilité derrière la brutalité, sans jamais chercher à excuser ou à romantiser ce qu'Evelyn fait. C'est une performance courageuse, au sens le plus littéral du terme. Face à elle, Stephen Curry campe John White avec une efficacité glaçante. Curry, que l'on connaissait surtout pour ses rôles comiques dans le cinéma australien, opère ici un virage radical et parfaitement maîtrisé. John est un homme ordinaire en apparence : moustache banale, silhouette quelconque, manières de voisin quelconque mais dont la violence intérieure ne transparaît que par éclats, rendant chacune de ses explosions d'autant plus terrifiantes qu'elles succèdent à des moments de normalité trompeuse. Ashleigh Cummings, enfin, porte le rôle de Vicki Maloney avec une intelligence qui fait de son personnage une héroïne au sens complet du terme. Vicki n'est pas une victime passive : elle observe, analyse, calcule, et comprend progressivement que sa seule chance de survie réside dans l'exploitation des fissures du couple. Cummings joue cette prise de conscience progressive avec une retenue et une conviction qui maintiennent le spectateur en haleine pendant toute la durée du film.

Ce qui rend Hounds of Love singulièrement efficace, c'est la décision fondamentale de Ben Young de ne presque jamais montrer explicitement la violence. Les actes les plus horribles se déroulent hors champ ou dans des ellipses soigneusement ménagées, ce qui a pour effet paradoxal d'en décupler l'impact car l'imagination du spectateur, convoquée dans ces vides, est bien plus fertile en horreur que n'importe quelle image. Cette économie de la brutalité explicite permet au film de se concentrer sur ce qui l'intéresse vraiment : la psychologie du trio, la dynamique de pouvoir au sein du couple de ravisseurs, et la lente stratégie de survie de Vicki. La tension ne repose pas sur des effets de sursaut ou des séquences gores, mais sur une connaissance précise et perturbante des êtres humains et de leurs ressorts les plus obscurs. Ben Young fait preuve d'une maîtrise du tempo narratif que beaucoup de cinéastes expérimentés lui envieraient car le film respire quand il le faut, s'emballe quand c'est nécessaire, et maintient une pression psychologique continue qui ne se relâche jamais vraiment.


Jess Slash'her