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[CRITIQUE] : Wicker


Réalisateur/Réalisatrice : Alex Huston Fischer et Eleanor Wilson
Acteurs : Olivia Colman, Alexander Skarsgård, Peter Dinklage, Elizabeth Debicki,...
Distributeur : Metropolitan FilmExport
Budget : -
Genre : Comédie, Drame, Fantastique, Romance.
Nationalité : Américain.
Durée : 1h45min.

Synopsis :
Mise au ban de son village, une pêcheuse solitaire commande au vannier local un mari en osier. Cet époux improbable se révèle doté d’une sensibilité et de talents qui dépassent toutes ses attentes. À son contact, elle découvre un désir insoupçonné et, peu à peu, s’éprend véritablement de lui. Mais bientôt, son étrange mari attise les convoitises, la jalousie et les fantasmes des villageois, faisant vaciller les certitudes d’une communauté jusque-là bien ordonnée




Depuis le chef-d'œuvre brut de Paddy Considine, Tyrannosaur, une vérité a éclaté au visage de tous les cinéphiles de bon goût : plus que les joyaux de la reine (où du roi maintenant, on ne sait plus), Olivia Colman est un put*** de trésor britannique, une équilibriste des émotions au timing comique impeccable, capable de jongler entre des personnages aussi solaires que viscéralement désenchantés, aussi pathétiques que profondément empathiques en un simple battement de cils, sans que son jeu ne perde une seule once d'authenticité ni de sa spontanéité ravageuse.

Une grande comédienne avec un grand C qui n'a peur de creuser la vulnérabilité derrière chaque âme, accepte sans réserve de s'enlaidir, d'embrasser la détresse, de jouer avec une ironie glaçante comme avec une science du malaise qui ne demande qu'à imploser dans un fracas cinématographique - ou télévisuel - total.
Une actrice tellement indispensable qu'elle nous pousserait même à défendre, modestement, sa présence dans ce qui est, peut-être, le plus gros ratage d'un Marvel Cinematic Universe où elle arrive à briller dans la pénombre de la paresse créative la plus absolue - coucou Secret Invasion.

Copyright Topic Studios / Metropolitan FilmExport

Mais c'est au détour d'une fable, fantastique et satirique - adaptée de la nouvelle The Wicker Husband d'Ursula Wills-Jones -, qu'on la retrouve en cette spooky season bien chiche en frissons avec Wicker d'Alex Huston Fischer et Eleanor Wilson, qui joue habilement la carte de la comédie romantico-folklorique et médiévalo-allégorique sous fond d'érotisme et d'anthropomorphisme merveilleusement loufoque (un homme d'osier, inanimé et tressé par un vannier pour une pêcheuse solitaire en quête de tendresse et de chaleur humaine - marginalisée pour l'odeur qu'elle dégage -, prend finalement vie et se voit doté d'une âme incroyablement aimante et dévouée, comme un Pinocchio taille adulte qui va réveiller les désirs refoulés de tout un village), pour mieux fustiger la toxicité du carcan patriarcal, entre puritanisme exacerbé et conformisme social anxiogène.

Tout un programme donc, rondement mené malgré ses gros clins d'œil peu subtils à notre contemporanéité, pour un long-métrage qui s'inscrit sensiblement dans l'esprit des Contes de Canterbury de Geoffrey Chaucer, de sa liberté de ton (la sexualité comme le désir féminin et leur affirmation, y sont abordés sans tabou) à la pluralité de son humour - majoritairement cru et burlesque -, comme sa propension à allier une innocence presque enfantine à un propos résolument mature, complexe mais d'un ludisme (toujours) enchanteur.
Mais Wicker, aussi délirant soit-il (un « Cinquante nuances d'osier » avec un mari féerique qui, par sa sexualité, bouleverse les normes, réveille les insécurités et attise les convoitises et la jalousie, fallait os(i)er), ne serait sans doute rien sans la prestation tout en intériorité de Skarsgård, et celle douloureusement vulnérable de Colman (au rire nerveux ravageur), cœur tendre et merveilleusement humain d'une proposition (d)étonnante, tout autant sensuelle et poétique qu'irrévérencieuse.


Jonathan Chevrier