[CRITIQUE] : Mata
Réalisatrice : Rachel Lang
Acteurs : Eye Haïdara, Raphaël Personnaz, Joséphine Japy, Mélanie Thierry, Hakim Jemili,...
Distribution : Warner Bros. France
Budget : -
Genre : Thriller, Espionnage.
Nationalité : Français, Belge.
Durée : 1h38min.
Synopsis :
Blessée lors d’une opération clandestine au Niger, Mata, une agente du service action de la DGSE, perd la trace de son compagnon Antoine, capturé sur place.
À son retour, elle est affectée à la Sécurité Intérieure du Territoire et se saisit d’une mission de contre-espionnage dans les Alpes : une ombre semble relier ce dossier à l’embuscade en Afrique.
Convaincue que ses supérieurs lui dissimulent des informations et hantée par la captivité d’Antoine, elle se lance dans une course contre la montre, hors de tout cadre officiel… au risque de tout perdre.
Alors certes, le parallèle peut faire méchamment câbler mais ne t'offusque pas tout de suite cher lecteur, promis c'est pertinent (où, tout du moins, pour l'auteur de ces mots) : oui, il y a, un petit peu, de la reine Kathryn Bigelow qui se dégage des intentions de la cinéaste bien de chez nous Rachel Lang, dans sa manière de vouloir arpenter frontalement des girons on ne peut plus masculin, qui plus est dans un cinéma hexagonal particulièrement chiche en séances musclées (moins un tord qu'un reproche, c'est dit).
Après avoir titiller le film de guerre, logique pour une lieutenant réserviste dans l’armée, avec le solide Mon Légionnaire (qui négociait plutôt bien ses relents de docu-vérité brut et organique dans son hommage sans réserve à ceux qui servent la nation, même s'il n'était pas exempt d'un parti pris complaisant - mais compréhensible cela dit - de donner une image polissée/idéalisée de l'armée), elle tente désormais d'arpenter le terrain tout aussi balisé du thriller d'espionnage anti-spectaculaire avec Mata, qui ravive la flamme du Bureau des Légendes tout en nous ramenant plus où moins frontalement à une époque pas si lointaine où feu Europa Corp produisait - mal - du bis musclé plus vite que son ombre.
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Si sur le papier, la péloche faisait sensiblement envie (une mise à nu des arcanes complexes et tortueuses des services de renseignements français glacials et déshumanisés, au plus de la quête de vérité d'une agente du service action de la DGSE, blessée lors d’une opération clandestine au Niger - ou elle est la seule survivante d'une embuscade - et placée sous surveillance hiérarchique... jusqu'à ce qu'elle s'en extirpe, convaincue que sa direction lui cache ce qu'il s'est réellement passé), après vision, la popote s'avère in fine moins digeste qu'espérer, moins dans sa volonté de s'inscrire sans le moindre déballage spectaculaire superflu, comme une sorte de cousin local de la saga Jason Bourne (vissé sur l'idée que l'ennemi que l'on combat est, peut-être, moins dangereux que celui qui nous emploie), que dans sa manière de ne jamais réellement se donner les moyens de ses ambitions, d'une narration un poil trop cadenassée à la distance étrange qu'elle institue avec ses personnages, peinant à donner du corps cathartique et de l'empathie à un thriller psychologique pourtant particulièrement racé et pertinant, trompant même les limites d'un rythme décousu.
Pas la plus déshonorante des tentatives bien de chez nous, loin de là même (sa mise en scène dépouillée et marquée par un vrai sens du cadre, la surclasse sans forcer dans le haut du panier), mais on pouvait néanmoins s'attendre à un chouïa plus consistant, ne serait-ce que pour appuyer encore un peu plus l'abattage musclé d'une Eye Haïdara qui en impose sévère en parfait contre-emploi.
Jonathan Chevrier


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