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[CRITIQUE/RESSORTIE] : Topsy-Turvy


Réalisateur : Mike Leigh
Avec : Jim Broadbent, Allan Corduner, Timothy Spall, Lesley Manville,…
Distributeur : Splendor Films
Budget : -
Genre : Comédie Dramatique, Musical.
Nationalité : Britannique.
Durée : 2h40min

Date de sortie : 29 novembre 2000
Date de ressortie : 15 avril 2026

Synopsis :
En 1880, Gilbert et Sullivan forment un tandem auquel tout réussit: ce sont les rois de l'opéra comique. Mais le récent échec de "Princesse Ida" redistribue les cartes. Découragé, Sullivan souhaite se consacrer désormais à la musique dite sérieuse mais Gilbert et lui sont sous contrat avec le directeur du Savoy Theatre, Richard D'Oyly Carte. Ce dernier leur demande de lui présenter en urgence une nouvelle oeuvre. C'est en visitant une exposition japonaise que Gilbert puise l'inspiration pour écrire le livret d'une nouvelle pièce. Ce sera "Le Mikado".





Bien qu'il ait campé, avec une certaine assurance, une jolie petite galerie de crevures mémorables (même dans des oeuvres tournées vers un public plus jeune), impossible pourtant de ne pas ressentir un profond attachement envers le génial et talentueux Jim Broadbent, sans doute conditionné que nous sommes par son rôle de papounet touchant de Renee Zellweger,  dans le cultissime Le Journal de Bridget Jones - un sentiment que l'on partage même peut-être encore plus, avec le tout aussi grand Bill Nighy.
Chacune de ses apparitions devient donc un (bon) prétexte pour se déplacer dans une salle obscure, que ce soit pour l'une de ses - rares - nouvelles propositions, où la ressortie de l'une de ses expériences passées.

Coup de bol du calendrier des sorties printanières (où habile propension de l'auteur de ses mots, à tâter de l'introduction facile), la comédie dramatico-musicalo-historique Topsy-Turvy de l'immense Mike Leigh vient refaire un petit tour du côté des salles obscures, preuve gravée dans le marbre de la pellicule de la maîtrise technique folle du cinéaste britannique (qui va bien au-delà de plans fixes évocateurs comme de longs plans-séquences), comme de sa propension exceptionnelle à capturer et retranscrire les émotions intérieurs de ses personnages - et encore plus au coeur de dynamique de groupe -, pour nous les rendre plus empathiques (même dans leurs imperfections) mais aussi et surtout plus réels et vrais.

Sensiblement son oeuvre la plus longue et, peut-être, sa plus pince-sans-rire, le film, sorti un an après un Shakespeare in Love qui aurait rêvé lui ressembler, se fait une exploration incroyablement dense de la puissance créative de l'union entre William Schwenk Gilbert et Arthur Sullivan (une plongée paradoxale, tant il s'attache plus au fruit de leur génie qu'à l'essence même de leur alchimie et de leur complémentarité créative, distillée par bribes), au coeur d'une célébration drôle et grisante d'une scène théâtrale qu'ils ont marqués de leur empreinte comme de leur humour, vissé à un moment charnière de leur collaboration : l'échec de leur Princesse Ida, leur premier vrai revers, et leur nécessité précipité de se réinventer et de repartir tardivement de zéro.
Ce qui mènera à la conception de leur opérette Le Mikado, dont Leigh décortique méticuleusement toute la conception (autant qu'il pointe la fascination purement européenne - et sensiblement caricaturale - pour la culture nippone).

Frappé d'un rythme serein particulièrement enchanteur, épousant la moindre strate euphorique d'une narration qui vagabonde entre les différentes personnalités qui agrémentent le quotidien de son duo central (notamment les femmes de leurs vies - même si Timothy Spall vole, comme souvent, gentiment la vedette -, dont l'approche dissemblables des deux hommes à leur égard sont symptomatiques de leur manière de nourrir leur art comme d'aborder les affres de leurs existences : Gilbert est un taciturne pessimiste qui subit son temps, là où Sullivan dévore la vie par les deux bouts), sans pour autant laisser de côté la cruauté violente d'une société victorienne qu'il expose avec une vérité brute et saisissante (addiction à la morphine, alcoolisme, adultère, avortement désinvolte, misogyne décomplexée), Topsy-Turvy, visuellement grandiose (la résultante d'une symbiose totale avec Dick Pope) et intelligemment dans l'ombre de Renoir et Altman, expose tous les rouages de la création artistique collaborative entre frustration, triomphe, sacrifice et passion dévorante.

Une (re)découverte incontournable, quelques semaines après le tout aussi indispensable retour en salles de Naked.
On attend (impatiemment) la suite, que ce soit chez Splendor Films ou Potemkine Films...


Jonathan Chevrier