1 Cinéphile : 1 Film Culte

[1 CINÉPHILE = 1 FILM CULTE] : Zodiac



#6. Zodiac de David Fincher

" Il est toujours amusant de se demander d’ou vient une passion. De comment elle est arrivée dans notre esprit. De comment elle s’est manifestée. Par une personne ? Un évènement ? Un souvenir ? C’est différent pour chacun. Certains s’en remémoreront avec malice et nostalgie quand d’autres n’y arriveront pas, préférant y voir une simple évidence. Et pourtant, on ne peut que déplorer cet oubli dès lors qu’on cause de cinéma. Car comment oublier ce moment, ce film, cette scène qui a titillé une zone dans notre tête et nous as fait comprendre après ça que s’asseoir dans le noir et regarder un écran inlassablement année après année était la chose la plus merveilleuse qui soit ? Impensable selon certains. D’autres préféreront laisser parler le hasard, le destin pour qu’à la découverte d’un film en particulier, les mêmes zones du cerveau jadis émerveillées s’illuminent à nouveau, quitte à nous faire comprendre encore une fois que le cinéma est une chose merveilleuse. Ca ressemble à une illumination, un peu comme une renaissance et ce n’est pas dur de comprendre après ça, pourquoi le film en question nous est cher. On a l’impression qu’il fait partie de nous. Que c’est le notre. Qu’on a un lien privilégié avec celui-ci à tel point qu’on admet égoïstement qu’on est le seul à l’apprécier. Et dans mon cas, cette révélation apparut à la fin de l’année 2008, quand après avoir lancé un DVD quelconque, je tomba sur la bande-annonce d’un film qui allait pour toujours changer ma vision du cinéma et implicitement du genre qu’il met en scène : Zodiac
A l’époque, j’admets que David Fincher était un inconnu. Tout comme le casting déployé sous mes yeux, à l’exception de Jake Gyllenhaal que j’avais vu dans Le Jour d’Après. Mais ça n’était pas foncièrement le casting ni le réalisateur derrière qui m’attirait mais bien l’histoire et déjà la mise en scène de cette bande-annonce. Des plans léchés, sombres, le hit « Hurdy Gurdy Man » de Donovan en fond sonore et déjà un parfum de frustration. Déjà le parfum d’une enquête tortueuse et désespérée dans le cadre idyllique de la Californie. En un rien de temps, j’étais hypé. Prêt à m’infliger ce mastodonte de 2h30, dont j’avais entre temps appris qu’il était allé à Cannes. 


Et finalement, début 2009, j’ai sauté le pas. Avec mes quelques économies, je me procure enfin le précieux sésame. Et d’emblée, je suis marqué. Cette affiche, sobre. Simple je dirais même. Un viseur bleu sur fond blanc, qui recouvre toute une série de symboles bizarres. On y voit du morse, des lettres et tout plein de trucs dont j’ignore le sens. Là dans ma tête, j’étais déjà conquis par le bonhomme Fincher. En une affiche, il arrivait à rendre son film à la hauteur de sa bande-annonce : sombre, mystérieux et curieusement déjà imposant. 
J’étais loin de me douter que 2h30 après, j’allais vivre une épiphanie comparable à celle d’un enfant qui obtient enfin à Noel le jouet ardemment convoité depuis des mois. 
Car à peine le film démarre que nous sommes renvoyé en 1969. Je pense à l’alunissage d’Apollo, à Woodstock, à Jimi Hendrix et déjà, en quelques plans, je sens l’americana tissée dans les images. Celle d’un couple lambda qui part en virée le soir du 4 Juillet, fête nationale. Ca grouille de monde et nos deux larrons profitent du vacarme pour se poser dans un parking reculé de tous. Et là, sans crier gare, une autre voiture s’arrête. La caméra, éblouie par les phares ne peut alors que se contenter de nous montrer l’horreur de la situation : l’homme qui en descend marche de manière méthodique vers notre couple. Et alors que le chanteur Donovan s’époumone à la radio, l’homme sort un pistolet et une lampe torche. Avec une froideur angoissante, et sans montrer à aucun moment son visage, Fincher emballe un pic de tension qui s’achève sur le meurtre froid et formellement magnifique de notre couple. Un meurtre. 5 cinq minutes de film. Et déjà un choc. Le premier d’une longue série. Car les chocs vont se multiplier. Inlassablement. Ca passe par un plan, un dialogue qui fourmille d’idées et de mot déjà forts, un effet de montage mais surtout les regards de ce dessinateur trop curieux puis de ce policier trop obstiné, qui vont tout deux se consumer dans cette enquête qui piétine. En ça, le film m’avait mis à terre. Enfin un film dans lequel l’enquête stagne, dans lequel l’intrigue ne se résoudra pas avec une scène d’action aberrante. Non un film qui prend son temps.


Quasi impensable de penser ça aujourd’hui. Un film qui devient irréel. Etiré. Allongé. Un peu comme un songe. Comme un rêve ou plutôt ici un cauchemar. Et très vite ce cauchemar sur pellicule se mue en un conte. Le facteur temps explosé, cette menace campée par le tueur qui se manifeste rarement, qu’on pense être qu’un mirage. Tout concorde pour que le film glisse lentement vers les artifices du conte. Un peu comme une relecture du Grand Méchant Loup auquel on aurait adjoint un (ra)conteur de génie et des acteurs investis. Et alors qu’on se rapproche de la fin, je me souvins avoir été presque déçu. Une virée dans ce San Francisco presque irréel, j’étais prêt à la voir durer des heures encore. Mais c’est peut être à ça qu’on reconnait les grands films. Je me disais que face à cette fin, je ressentais peut-être la même frustration ressentie par les policiers qui malgré leur traque acharnée n’auront jamais réussi à attraper ce tueur. Pour la première fois, je voyais un film dont le gout d’inachevé lui donnait paradoxalement toute sa force. Pour la première fois, je voyais un film dont la noirceur, l’amertume transpirait jusque dans les ultimes secondes, là ou Hollywood aurait tenté d’apaiser le tout. Non, pas de ça chez Fincher. A la place d’un happy-end que je m’étais presque mis à guetter, je m’étais retrouvé avec le regard d’un homme apeuré, limite inquiet à l’idée de susurrer le nom du tueur. Et finalement, ce n’est qu’au moment ou j’ai moi-même commencé à lire les journaux, les livres, les articles consacré au sujet que j’ai su que Fincher m’avait transporté au-dela de ce que j’aurais pu imaginer. Que son film n’avait pas été un comme j’en verrais des milliers dans ma vie. Mais typiquement UN comme j’en verrais peu dans ma vie de cinéphile. Le genre de film qui vous retourne, qui vous habite, et qui devient une partie de vous. Le film qui vous rend heureux car vous savez qu’il est spécial, que vous avez saisi sa portée, sa richesse. Evidemment après ça, l’atterrissage est douloureux. Vous vous retrouvez dans votre salon, les murs sont ternes et indéniablement, le moindre bruit, le moindre son vous effraie. 



Ce n’est seulement que quelques années, et minimum deux visionnages / an plus tard que j’ai finalement compris un détail qui me fait aujourd’hui idolâtrer Fincher comme le ferait une midinette sur les One Direction : sa maitrise et son ambition (démesurée). Car en voulant raconter le destin de ce tueur en série ayant sévi en Californie pendant les 70’s/80’s, Fincher fait plus qu’exorciser ses propres souvenirs (il avait comme tout les enfants de l’époque était menacé par le tueur qui promettait de s’en prendre aux cars scolaires). Non, il fait bien plus que ça. Il s’immisce dans un genre qu’il façonne au fur et à mesure. Si son film a initialement des oripeaux de film policier, bien vite il n’en est rien car l’américain prend un malin plaisir à introduire une verve quasi fantastique à des faits pourtant bien réels. Et ça, ça marque à jamais. Suffisamment en tout cas pour qu’aujourd’hui, l’affiche trône sur l’un des murs de ma chambre, et qu’il s’agisse du film dont j’abreuve tous mes amis avec et celui pour lequel je serais prêt à tuer afin qu’on le réhabilite et l’impose encore davantage dans l’incroyable carrière de M. Fincher.  "

Antoine Delassus

Jeune cinéphile à 50% écossais, paumé en étude de droit, je noie mon ennui dans les sushis, les Starbucks et les films. Avec Titanic, j'ai pleuré pour la première fois, avec Zodiac, j'ai compris ce qu'est être un réalisateur doué et avec Inception, j'ai su que concilier grand spectacle et intimisme est possible. Bref, j'aime de tout mais tout ne m'aime pas et j'espère bien que au milieu de mes pavés longs comme les repas de famille du dimanche, vous trouverez votre bonheur.

Unknown

0 commentaires:

Publier un commentaire

Fourni par Blogger.