Chroniques

[FUCKING SERIES] : Kingdom saison 2 : Bigger, faster and still awesome!


(Critique - avec spoilers - de la saison 2)


La Corée nous avait déjà savamment brusqué avec ses zombies en 2015, via le bouillant Le Dernier Train pour Busan de Yeon Song-ho, blockbuster spectaculaire façon quasi huis clos mené tambour battant sur un tout petit peu moins de deux heures, assumant autant ses partis-pris - les bonnes idées narratives sont légion - que ses références multiples (les cinémas de Romero, Boyle et Emmerich en tête), pimentant ses nombreux moments de bravoure avec un humour justement dosé et une émotion parfois déchirante.
Trois ans et demi plus tard, Kim Eun-hee et Kim Seong-hun (le génial Tunnel) s'échinaient à leur tour à renouveler le genre en pleine Corée médiévale avec la série Kingdom - tirée du webcomic Land of The Gods -, gros coup de tatane dans les roupettes articulé en six épisodes définitivement trop courts.

Courtesy of Netflix

Une création osée réussissant le grand écart étonnant d'allier à la fois la rigidité du sageuk (drame historique en costume made in Corée du Sud) et l'horreur pure du film de zombies dans une gymnastique visuelle et thématique s'autorisant tout (dont quelques séquences VRAIMENT insoutenables), même quelques embardées drolatique étonnante, le tout dans une cohérence et un respect des genres proprement admirable.
Un conte passionnant façon cauchemar à la subtile résonance politico-sociale, qui nous assénait en pleine poire " No Future " bien gras tout en étant ancré... dans le passé.
Toujours décidé à en donner peu à son spectateur pour suffisament le laisser en manque après un binge watching qui ne peut qu'être frénétique et intense, Netflix balance en ces temps difficiles six nouveaux épisodes démarrant pile poil là ou le season final de la première saison nous avait laissé : des zombies bien vivants (et ne sévissant pas que la nuit, en faisant de facto une menace encore plus dangereuse et crédible) s'attaquant sans relâche au prince héritier Lee Chang, à Lord Ahn Hyeon et au reste de leurs forces, les obligeant à se replier à la frontière de Sangju, l'une des dernières villes encore à l'abri de l'invasion zombie.
Comme toute bonne " suite " qui se respecte, le tandem Seong-hun/Eun-hee pousse le curseur du bigger and faster encore plus loin, et dégaine une seconde saison encore plus spectaculaire, nerveuse et imprévisible, rendant le moindre de ses rebondissements aussi rafraîchissant que merveilleusement bien huilé.

Courtesy of Netflix

Avec un véritable esprit de sales gosses, le duo joue autant avec les nerfs que la tension des spectateurs en dépeignant à la perfection le désespoir et la précarité du statut du survivant, viande sur pattes à qui tout espoir de sécurité est constamment taquiner par une horde de zombies et le mauvais sort (la pénurie d'eau et de vivres); le tout avec une action lisible et constamment sur le qui-vive, agrémentée d'une gestion des effets gore infiniment plus généreuse que sur la saison précédente - et c'est tant mieux.
Et si le show passe la seconde dans le spectaculaire et son pendant zombiesque (elle n'a plus a installer ses enjeux, elle peut foncer dans le lard sans trembler), il ne laisse décemment pas en reste son versant drama politique et sa dynamique de classe, et enchaîne avec une frénésie furieuse les complots, articulés autour de la quête sourde de pouvoir de Cho Hak-Ju et de sa fille la reine, ne reculant devant aucun obstacle pour arracher le pouvoir sur la terre au prince héritier et au clan Haewon Cho (trouver un nouvel héritier mâle en tuant des femmes après leur accouchement, ressusciter un roi mort,...); le tout en étant toujours aussi appliqué dans son écriture, façonnant ses héros comme des personnages tridimensionnels nuancés (qui ont chacun leurs propres motifs et raisons pour justifier et légitimer leurs actions), et en approfondissant encore un peu plus ce que l'on prenait déjà comme acquis (l'ambiguïté morale terrible de Cho Hak-Ju, la fin justifient toujours les moyens pour lui et on en apprend infiniment plus sur ses actes et ce qui a mené à cette apocalypse).

Courtesy of Netflix

Plus urgente et rythmée tout en évitant facilement les écueils du too much en gérant ses effets (cette nouvelle salve d'épisodes est une mécanique d'orfèvre jamais trop horrifique, musclée, mélodramatique ou politique), et en étant encore une fois cruellement d'actualité (les dangers de la cupidité, des désirs de pouvoir, un regard compatissant et réaliste sur une humanité acculée, sonnant on ne peut plus juste avec l'anxiété actuelle en pleine pandémie Covid-19, ou même dans un pendant contemporain où les inégalités sociales divisent toujours un peu plus la population); la saison 2 de Kingdom est la digne descendante de son illustre aîné, et incarne un sommet de divertissement télévisé grisant, racé et intelligent, qui ne sous-performe jamais.
Vivement la suite, et le mot est (très) faible...


Jonathan Chevrier 


John Chevrier

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