Disjoncté

[TOUCHE PAS NON PLUS À MES 90ϟs] : #57. The Cable Guy

Photo by Columbia/Tristar - © 1996 Columbia Pictures

Nous sommes tous un peu nostalgique de ce que l'on considère, parfois à raison, comme l'une des plus plaisantes époques de l'industrie cinématographique : le cinéma béni des 90's, avec ses petits bijoux, ses séries B burnées et ses savoureux (si...) nanars.
Une époque de tous les possibles où les héros étaient des humains qui ne se balladaient pas tous en collants, qui ne réalisaient pas leurs prouesses à coups d'effets spéciaux et de fonds verts, une époque où les petits studios venaient jouer dans la même cour que les grosses majors légendaires, où les enfants et l'imaginaire avaient leurs mots à dire,...
Bref, les 90's c'était bien, tout comme les 90's, voilà pourquoi on se fait le petit plaisir de créer une section où l'on ne parle QUE de ça et ce, sans la moindre modération.
Alors attachez bien vos ceintures, prenez votre ticket magique, votre spray anti-Dinos et la pillule rouge de Morpheus : on se replonge illico dans les années 90 ! 





#57. Disjoncté de Ben Stiller (1996)

La carrière de cinéaste du vénéré Ben Stiller n'a pas commencé qu'au jour de la sortie du gentiment irrévérencieux mais surtout profondément con (donc génial) Zoolander, même si son succès tardif - dans les bacs -, en ont fait depuis l'un des monuments de l'humour US du nouveau millénaire.
On aurait une féroce tendance à dire que ses deux longs précédents, résolument plus mineurs, sont même tout aussi important et réussis que Tonnerre sous les Tropiques et La Vie Rêvée de Walter Mitty, dans leur manière singulière et pas forcément aimable, d'aborder le genre comique.
Si Génération 90 déconstruisait la romcom pour en faire une ode désabusée sur des jeunes adultes éternellement - ou presque - insatisfaits (tout en restant follement empathiques), Disjoncté lui, fouillait les recoins sombre de la comédie avec une ambition démesurée, tout en égratignant encore un peu plus le monde de l'audiovisuel que dans son premier essai (et qu'il sublimera à nouveau douze ans plus tard, abandonnant le prisme de la télévision pour celui du cinéma dans Tonnerre sous les Tropiques); aussi bien son influence sur la société contemporaine que les dérives qu'elle invoque, entre addiction et identification parfois malsaine.

Photo by Columbia/Tristar - © 1996 Columbia Pictures

Jamais gratuit dans ses effets, transcendant joliment l'aspect furieusement classique de sa narration qui mélange subtilement les genres (le thriller tendu, le buddy movie, la comédie potache,...) et laisse déborder les gros traits pervers de son pitch de départ propice à l'embrouille (un architecte à la télévision déclinante, voit débarquer un " cable guy " solitaire qui lui répare son installation non pas en échange d'un paiement, mais d'une amitié sans réserve), The Cable Guy en v.o., n'est pas là pour faire dans la dentelle et s'offusquer du moindre tabou : il les embrasse, les percute et s'en amuse.
Bourré jusqu'à la tronche de références totalement digérés par son metteur en scène, le film est autant l'occasion pour Stiller de laisser exploser son penchant de formaliste de génie (une mise en scène enlevée et inventive, nerveuse dans l'action, dynamique même quand le récit est plus posé), que celui de directeur d'acteurs avisé, orchestrant d'une main de maître le one man show dantesque de Jim Carrey, qui pousse jusqu'à l'extrême (vraiment) la face sombre de talent comique, quitte à bouffer l'espace vitale d'un Matthew Broderick pourtant convaincant en victime acculée d'un véritable psychopathe qui ne vous veut pas toujours que du bien.
Constamment sur le fil du rasoir - jusqu'à l'épuisement physique et psychologique -, se délectant du moindre malaise qui émaille le récit, Carrey fait du Carrey puissance 1000 et semble toucher de son corps si expressif, les limites d'une gimmick artistique qu'il ne fera que répéter plus tard, avec moins d'ardeur (comme pour Menteur, Menteur ou Sonic Le Film, actuellement en salles).

Photo by Columbia/Tristar - © 1996 Columbia Pictures

Ne perdant pas une once de sa folie pure et de sa finesse même quasiment un quart de siècle plus tard, toujours aussi juste dans ses notations suggestives sur la pathologie de la télévision enlacées dans un cauchemar façon Liaison Fatale au masculin, Disjoncté reste sans aucun doute l'un des véhicules comiques les plus ambitieux de Ben Stiller mais surtout Jim Carrey (avec Man on The Moon et I Love You Philip Morris sur grand écran, et la merveilleuse Kidding sur le petit), et, de loin, la comédie américaine la plus injustement boudée et incomprise de sa génération.
Il est jamais trop tard pour une réhabilitation, jamais.


Jonathan Chevrier



John Chevrier

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