Chroniques

[FUCKING SERIES] : Quicksand : Love is toxic... sometimes


(Critique - avec spoilers - de la mini-série) 




Il y a des séries qui, sans trop qu'on ne les voit venir, et encore plus sur une plateforme comme Netflix qui a la proposition généreuse et sensiblement variée chaque semaine - et pas uniquement sur ses simples produits originaux -, vous mettent une claque mignonne derrière la nuque et vous hypnotisent avec un aplomb hors du commun, autant par la force d'une histoire rondement bien menée que par une galerie de personnages si ce n'est tous empathique, au moins finement croqués.

Copyright Johan Paulin / Netflix

Sortie un peu dans l'ombre des nouveaux épisodes de Sabrina et Santa Clarita Diet, la série suédoise Quicksand, adaptée du roman Rien de plus grand de Malin Persson Giolito, n'en est pas pour autant moins immanquable tant elle s'échine à gentiment bousculer le giron du show pour ados - à l'instar de sa plus barrée et moins maîtrisée cousine espagnole Élite -, en s'articulant de tout son petit long (six épisodes et quatre heures de contenu tout rond) sur une affaire criminelle aussi tortueuse qu'elle est sulfureuse et cruellement d'actualité - une tuerie dans un lycée.
Gentiment flanqué dans le milieu bourgeois (toujours plus fascinant à suivre pour les libertés et la désinhibition/irresponsabilité que la richesse offre) suédois, où la débauche règne en maître, et basé sur deux temporalités bien distinctes - avant le meurtre et après -, le show, qui garde le mystère sur la culpabilité de son héroïne Maja, s'intéresse bien plus aux arcanes de son passage à l'acte, ce qui l'a poussé à être coupable de complicité de meurtres (que ce soit son idylle avec le tumultueux Sebastian, dont la fascination pour les armes est férocement dérangeante, où l'irresponsabilité folle de ses parents, aveuglés par la richesse de son jeune compagnon) et la formidable ambiguïté qui l'habite.
Questionnant habilement la lutte des classes qui habite les sociétés contemporaines à travers la jeunesse - mais pas que - aussi pédante qu'elle est envieuse, aussi bien que sur la présence étouffante des médias - déformant la vérité pour mieux faire vendre -, parfaitement rythmé - comme l'exige sa durée concise - même si pas dénué de quelques couacs franchement dommageables (une mise en scène amorphe, un ton un brin coincé le cul entre les deux chaises du trop larmoyant et du grinçant); Quicksand est une mini-série nordique glaciale et culottée, dont la crudité et la violence accentue joliment le réalisme d'une chronique adulescente prenante et bien interprété sur la toxicité amoureuse, dont on ressort aussi conquis que sensiblement déstabilisé.

Copyright Johan Paulin / Netflix

Une fable tragique, rude et froide qui ne rechigne jamais à jouer la carte de l'émotion et qui tire tout du long toute l'essence saisissante de son matériau d'origine proprement édifiant, c'est assez rare pour être noté, et surtout pour mériter son binge-watching intense.



Jonathan Chevrier



John Chevrier

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