Movie Challenge 2018

[MOVIE CHALLENGE 2018] : Tel Père, Tel Fils de Hirokazu Kore-Eda


#4. Un film ni américain ni européen (Movie Challenge 2018 / récapitulatif)


Sous ses atours de La Vie est Un Long Fleuve Tranquille made in Japan, sans humour féroce ni satire social acéré, mais avec une sincérité et une sensibilité dévastatrice, Tel Père, Tel Fils est un drame épuré et mélancolique sur la pluralité et la complexité du sentiment paternel, comme rarement nous avons eu la chance d'en mirer en salles, avec autant de justesse.
En prenant comme point de départ, le dilemme aussi bien morale qu'affectif qui frappe deux couples on ne peut plus banale, Kore-Eda installe ses personnages autant que ses spectateurs, dans une position psychologique dérangeante et implacable.

" Qu'est-ce qui est le plus important, les liens du sang ou le temps passé ensemble ? "
" Doit-on échanger de nouveau notre progéniture ou élever un enfant qui n'est pas le sien, pour réellement vivre heureux et non dans la culpabilité ? "
" Qu'est-ce qui fait un bon père, l’éducation ou les " attaches " génétiques ? "


En confrontant les deux pères, diamétralement opposé, sur leur faculté à accepter la dure - mais rassurante pour Ryota au départ - réalité d'avoir en son foyer un enfant qui n'est pas le sien (d'un point de vue biologique), le cinéaste, avec la subtilité et la délicatesse qu'on lui connait, évite soigneusement la théorisation et le pathos de supermarché, pour accoucher d'un drame bourré de vie, sur l'imperfection des sentiments qui peuvent lier un père et son fils.
Car si l'évolution, la naissance de Ryota en père aimant insoupçonné, se fait dans une émotion poignante, la péloche se paye parfois, de jolies envolées gracieuses, notamment quand la caméra du réalisateur - d'une précision chirurgicale - capte au plus près les enfants jouant et s'émerveillant devant des parents pétris d'amour, mais tiraillés par un choix d'une cruauté sans nom.


Jamais juge ni bourreau, et ne prétendant jamais détenir les clés d'une éducation parfaite à donner à ses rejetons, Kore-Eda offre via un script en béton armé, une étude de personnage poignante d'une densité affolante, d'une retenue et d'un tact salvateur, porté par un casting au naturel indécent.
Intime, pudique, beau à en crever et d'une simplicité percutante, Tel Père, Tel Fils fait passer son spectateur durant deux (trop) courtes heures, par tous les sentiments possible, avec une justesse remarquable, prouvant que peu importe les aléas qui sont lot d'une vie, seul l'amour inconditionnel pour sa famille compte réellement.
Une claque bouleversante, magique et pure, mais point étonnante dans le fond, pour qui s'est déjà laissé bercer par la beauté du cinéma du cinéaste nippon.



Jonathan Chevrier 




Tel Père, Tel Fils de Hirokazu Kore-Eda avec Masaharu Fukuyama, Machiko Ono, Lily Franky,... (2013)

" Ryoata, un architecte obsédé par la réussite professionnelle, forme avec sa jeune épouse et leur fils de 6 ans une famille idéale. Tous ses repères volent en éclats quand la maternité de l'hôpital où est né leur enfant leur apprend que deux nourrissons ont été échangés à la naissance : le garçon qu’il a élevé n’est pas le sien et leur fils biologique a grandi dans un milieu plus modeste… "

John Chevrier

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