Ang Lee

[CRITIQUE] : Un Jour dans la Vie de Billy Lynn


Réalisateur : Ang Lee
Acteurs : Joe Alwyn, Garrett Hedlund, Kristen Stewart, Steve Martin, Vin Diesel, Chris Tucker,...
Distributeur : Sony Pictures Releasing France
Budget : -
Genre : Drame, Guerre.
Nationalité : Américain.
Durée : 1h53min.

Synopsis :
En 2005, Billy Lynn, un jeune Texan de 19 ans, fait partie d'un régiment d'infanterie en Irak victime d'une violente attaque. Ayant survécu à l'altercation, il est érigé en héros, ainsi que plusieurs de ses camarades. Et c'est avec ce statut qu'ils sont rapatriés aux Etats-Unis par l'administration Bush, qui désire les voir parader au pays... avant de retourner au front.



Critique :




Il y a quelque chose d'assez douloureux de voir que le merveilleux cinéaste Taiwanais qu'est Ang Lee, doit se voir cantonner à un retour en catimini dans nos salles obscures, cinq ans après son magistral L'Odyssée de Pi, au triomphe unanime; surtout quand on connaît l'ambition visuelle furieuse de son dernier passage derrière la caméra (tourné 120 images par seconde, en 4K et en 3D).
Pire, le désintérêt total de son distributeur, laissait penser que son Un Jour dans la Vie de Billy Lynn, était décemment de ses péloches tellement foireuses, qu'elle ne méritait même pas qu'on y jette le moindre coup d'oeil au sein d'une exploitation hebdomadaire de plus en plus compétitive et féroce.
Un comble quand, après vision, on réalise que cette oeuvre conspuée et amputée, incarne sans l'ombre d'un doute, l'un des essais les plus brillants de son cinéaste.



Expérience dévastatrice et ambivalente, adaptée du roman éponyme de Ben Fountain, Billy Lynn... conte avec force le retour à " la vie normale " complètement insensée d'une troupe de soldats revenue tout droit de l'enfer - l'Irak -, honoré avant d'être promis à y retourner pour l'amour d'un pays cynique et ingrat, qui les célèbre autant qu'il les recrache sans le moindre respect.
Dans le brouhaha grotesque d'un hommage aussi étrange qu'il est artificiel (une tournée US dont le point d'orgue est un show de mi-temps lors d'un match de football), Lee se joue des codes du film de guerre (le film est d'ailleurs, un peu comme Rambo, plus un drame qu'un vrai film de guerre à proprement parler) pour mieux humaniser ses héros traumatisés - Billy Lynn et la compagnie Bravo - au sein d'une déconstruction virulente et intelligente du faussement triomphant American Way of Life, et sa tendance gerbante à glorifier et constamment tout mettre en spectacle; faisant ici de ses " hommes de terrain ", les maillons malades d'une idolâterie futile et cupide servant à divertir la foule.



Porté par une mise en scène minutieuse, décuplant l'immersion bouleversante dans lea souffrance psychologique d'un jeune homme croulant sous le poids vertigineux de ses émotions (incroyable Joe Alwyn, qui incarne à la perfection un jeune soldat paumé, confronté à l'horreur de la guerre avant d'être catapulté spectateur et acteur à part entière, d'un spectacle à sa " gloire "), accouchant de quelques moments de cinéma proprement majestueux, Un Jour dans la Vie de Billy Lynn est une péloche bouillonnante et réflexive, à la richesse incroyable; une formidable oeuvre miroir renvoyant à la face de l'Amérique, son visage absurde et repoussant.
Un cauchemar sur pellicule sous fond hommage vibrant et virtuose aux soldats qui combattent courageusement sur le front de guerres qui ne sont pas les leurs, certainement trop naif et bavard pour certain, mais décemment nécessaire pour tous ceux qui sauront capter le grand film qui se cache derrière sa douloureuse sincérité.


Jonathan Chevrier




John Chevrier

Plus ou moins fils spirituel du Dude et du Zohan réunis, cinéphile/cinévore/cinémaniaque convaincu depuis mon premier battement de cils, je voue un culte sans borne à Sylvester Stallone. Biberonné aux séries B, les salles obscures sont mes secondes maisons et je fonds comme un vampire au soleil sans ma dose quotidienne de bonnes péloches.
Mes maîtres absolus : Carpenter, Spielberg, Kubrick, Cameron, Eastwoood, Milius, Mann, Scorcese et Nolan.

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