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[CHRONIQUE] : Thelma et Louise - Femmes, on vous aime


Hier, c'était la journée de la femme (si, si, c'est vrai) et si la dure réalité du quotidien nous a pleinement empêché de rendre hommage - sur papier tout du moins - aux femmes, rattrapons-nous cette après-midi (il n'est jamais trop tard hein) pour rendre hommage au sexe opposé via une chronique sur l'une des plus belles lettres d'amour que le cinéma a pu leur offrir ces trente dernières années : le magistral Thelma et Louise de Ridley Scott.

Chaque décennie, le frangin Scott (qu'est-ce que Tony nous manque...) aura su marquer son époque par une bande majeur (70's - Alien, le huitième passager, 80's - Blade Runner, 2000's - Gladiator, 2010's - Prometheus... non on déconne), et les années 90 n'auront pas déroger à cette règle avec un road movie/thriller initiatique au féminin.
Un mélange casse-gueule de prime abord certes, mais follement détonnant à l'arrivée.


Car force est d'avouer que Thelma et Louise, même si certains (bon, peut-être beaucoup) ne seront pas de cet avis, incarne sans l'ombre d'un doute l'un des plus grands road movie de l'histoire du septième art, une œuvre touchée par la grâce; une pure et sincère ode à la vie et à la liberté sous couvert d'une bouleversante déclaration d'amour pour deux femmes à l'épopée tragique mais enivrante.

Deux sublimes femmes emprisonnées par un destin merdique (il n’y a pas d'autres mots), entourées d'hommes malsains et détestables - ou la définition même du sexe faible, dans toute sa splendeur - qui incarnent des obstacles à leur liberté et leur féminité; deux âmes en peine obligées de fuir pour vivre leur vie et ne plus jamais la rêver.
Et plus cette fuite en avant s'éternisera, plus les deux amies évolueront, s'affirmeront comme celles qu'elles ont toujours voulu être.

Louise tout d'abord, une amazone mystérieuse qui cache un sombre passé qui ne cesse de la hanter.
Comme beaucoup, elle n'a pas eu la chance de réaliser ses rêves, et n'est pas vraiment heureuse en couple non plus.
Dés le départ, elle est celle qui dirige le tandem, celle qui prend les décisions, qui exécute les actions, et c'est d'ailleurs ces prises de décisions qui plongeront le duo dans une spirale destructrice mais libératrice - aussi contradictoire que cela puisse paraitre -, lorsqu'elle tuera, sans réelle nécessité, celui qui a frappé et tenté de violer Thelma.


Dominante, muette sur son passé, elle n'est néanmoins pas dénué de féminité, ni d'émotions (ses adieux avec Jimmy et le final le prouve clairement), elle incarne véritablement l'esprit fort avant de, peu à peu, laisser son pouvoir décisionnaire à Thelma; la plus transformée des deux au final.
Plus celle-ci prendra des décisions majeures, plus elle s'affranchira de la tutelle de son " mari " Daryl mais surtout, plus elle prendra (enfin) son destin en main.

Elle, qui n'a vécu que pour le plaisir et le bien être de son mari peu reconnaissant (qu'elle a rencontré à l'âge de quatorze ans), s'épanouira au contact de la liberté, des joies de la sexualité, tout en faisant fi de la société et de ses convenances.
Deux portraits de femmes vivantes, vibrantes, dénotant complétement de l'image révoltante de l'homme offert par Scott dans son film.

De Daryl, le mari de Thelma (l'archétype de l’époux assisté et exécrable: tyrannique, autoritaire, rabaissant, capricieux et lâche) en passant par Jimmy, le petit ami de Louise (toujours absent, peu attentionné), sans oublier JD, l'auto-stoppeur aux tendances braqueur en série (jouant de son corps pour séduire et voler Thelma) ou encore un policier tyran aux allures de gros dur (qui joue de son insigne avant de supplier pour sa vie); des routiers pervers, faibles et vulgaires, et même un agresseur violent, bafouant le sexe opposé et dominé par ses pulsions et son machisme; dans Thelma et Louise, l'homme en prend sacrément pour son grade dans ce qui est, au fond, une peinture pas très proche de la réalité.


Car seul le personnage de l'inspecteur chargé de l'affaire, Hal Slocumb, sauvera la mise et nous fera marqué des " bons " points.
Un homme de valeurs, le seul a vraiment s'intéresser à ce qui a poussé les deux amies à en arriver jusqu'au point de non-retour, au point de tenter jusqu'au bout de les sauver d'une fin tragique.
Intelligent, il incarne la justice que cherche les deux femmes, la compassion et la compréhension, lui qui méprise tout autant qu'elle Daryl et JD.

Mais, outre une peinture acerbe du statut de la femme dans la société contemporaine, le message d'espoir et d'amour qu'incarne la péloche ne serait cependant rien sans la partition époustouflante d'un casting totalement voué à sa cause, les merveilleuses Geena Davis et Susan Sarandon en tête.
Dans le rôle de leur vie, chacune incarnent à la perfection l'émancipation de ces deux amies fuyardes, au point de nous faire ressentir de la compassion pour elles, même quand elles bravent la loi.

D'une complicité rare à l'écran, elles apportent toute la sincérité dont le film avait besoin, portant avec excellence, l’œuvre sur leurs belles épaules (elles seront d'ailleurs logiquement nommées, toutes les deux, à l'oscar de la Meilleure Actrice l'année suivante).


Magnifié par une photographie merveilleuse (la beauté des paysages ricains a rarement été aussi bien retranscrite à l'écran), une b.o démente (Hans Zimmer faisait ici ses débuts remarqués dans le milieu Hollywoodien, peu après son travail sur Black Rain et Rain Man), et une réalisation soignée et stylisée (l'esthétique renvoie très clairement aux péloches des 60's), saupoudrés de dialogues savoureux; Thelma et Louise est un chef d’œuvre frisant tout du long avec le sans-faute.

Loin de n'être qu'une simple apologie du féminisme (comme les mauvaises langues s'amusent à le catégoriser), le métrage est tout autant une habile critique de la société contemporaine américaine - mais pas que -, qu'un échec sans appel du rêve qu'il peut faussement incarner, aux yeux de tous.

Dans un final des plus bouleversants (et sans réel happy end), Thelma et Louise liée d'une amitié indéfectible dans la vie comme dans la mort, décident d'être libre pour toujours,  au prix de leur vie.
Émouvant, saisissant, drôle, courageux, tout aussi euphorisant et enthousiasmant que terriblement triste et mélancolique; Thelma et Louise est une bande ambitieuse qui aura su, avec panache, renouveler le genre pourtant ultra-balisé et masculin, du road movie sauce thriller haletant.


Une œuvre puissante, intemporel, indémodable (encore aujourd’hui, près de 25 piges après, il fait toujours autant mouche), et carrément inoubliable, cette hymne à la liberté et à la tolérance est une véritable déclaration d'amour au sexe féminin, aussi fragiles et fortes que puissent être ses représentantes.
A la fin du film, encore porté par les sonorités du score phénoménal de Zimmer, une seule chose vient à la bouche des hommes censés, ayant compris le message que véhicule l’œuvre (dont l'auteur de cette chronique, qui assume complétement les mots qui vont suivre) : Merci les femmes, et oui, on vous aime.

Si Julien Clerc a su le chanté, Ridley Scott lui, aura su le mettre en image, et ce de la plus surprenante et remarquable des manières...


Jonathan Chevrier


John Chevrier

Plus ou moins fils spirituel du Dude et du Zohan réunis, cinéphile/cinévore/cinémaniaque convaincu depuis mon premier battement de cils, je voue un culte sans borne à Sylvester Stallone. Biberonné aux séries B, les salles obscures sont mes secondes maisons et je fonds comme un vampire au soleil sans ma dose quotidienne de bonnes péloches.
Mes maîtres absolus : Carpenter, Spielberg, Kubrick, Cameron, Eastwood, Milius, Mann, Scorcese et Nolan.

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