Critiques

[CRITIQUE] : Suite Française


Réalisateur : Saul Dibb
Acteurs : Michelle Williams, Matthias Schoenaerts, Kristin Scott Thomas, Margot Robbie, Sam Riley, Ruth Wilson, Lambert Wilson, Alexandra Maria Lara,...
Distributeur : UGC Distribution
Budget : 15 000 000
Genre : Guerre, Drame.
Nationalité : Britannique, Français, Belge.
Durée : 1h47min.

Synopsis :
Été 1940. France. Dans l’attente de nouvelles de son mari prisonnier de guerre, Lucile Angellier mène une existence soumise sous l’oeil inquisiteur de sa belle-mère. L’arrivée de l’armée allemande dans leur village contraint les deux femmes à loger chez elles le lieutenant Bruno von Falk. Lucile tente de l’éviter mais ne peut bientôt plus ignorer l’attirance qu’elle éprouve pour l’officier…

 
Critique : 



Dire que la précieuse Michelle Williams est aussi belle que talentueuse est un doux euphémisme.

Elle qui, après avoir été révélée par la cultissime série de Kevin Williamson, Dawson, a su admirablement bien mené sa barque au sein du septième art US pendant plus d'une décennie, pour devenir ni plus ni moins que la plus belle égérie de la mélancolie.

Fraîchement dans la trentaine, la sublime actrice fétiche de Kelly Reichardt semble presque avoir eu plusieurs vies.
Icône des teenagers, atout de charme au contact de grands cinéastes, ou encore représentante de l'excellent circuit indépendant américain... c'est simple, l'actrice a tout jouée, tout vécue sur le grand écran, comme dans la vie.


Aussi incontournable qu’insaisissable, toujours joliment libre dans ces choix dominés par l'optique de se construire une filmographie enrichissante plus qu'une carrière pimpante à Hollywood, elle n'est jamais là ou on l'attend.

Voilà peut-être la vraie raison pour laquelle cette performeuse du bon gout s'est taillée une place toute particulière dans nos cœurs de cinéphiles endurcis, ça et, soyons honnête, sa beauté naturelle enivrante.

Après nous avoir éblouit dans le merveilleux Take This Waltz de Sarah Polley (un peu moins dans le très moyen Le Monde Fantastique d'Oz de Sam Raimi, ou elle jouait les figurantes de luxe), on la retrouve ces jours-ci dans l'alléchant nouveau film de l'excellent Saul Dibb (The Dutchess), Suite Française, adaptation du roman éponyme d'Irène Nemirovsky.

Ou la promesse d'une romance impossible sous fond de seconde guerre mondiale, porté par un casting indécent de talent : la Michelle donc, mais également Matthias Schoenaerts, Kristin Scott Thomas, Margot Robbie, Sam Riley, Ruth Wilson, Lambert Wilson et Alexandra Maria Lara.


Suite Française ou l'histoire d'Irène Nemirovsky, dont la fille, cinquante ans après sa mort, trouve le courage de lire son journal et y découvre une histoire incroyable...
1940, en France, attendant des nouvelles de son mari, prisonnier de guerre, la sublime Lucile Angellier mène son existence sous l’œil inquisiteur de son austère belle-mère, au sein du petit village de Bussy, encore provisoirement protégé de la guerre.

Mais bientôt arrive une garnison de soldats allemands qui s'installe chez l'habitant, heure allemande de l'occupation oblige.
Elle essaye d'abord d'ignorer Bruno, l'élégant officier qui séjourne chez elles, et qui cherche par tous les moyens de gommer l'image " d'occupant " qui lui colle à la peau et à l'uniforme.

Mais face à la force de leur attirance, ils succomberont à l'amour au bout de quelques semaines, ce qui va les mener vers les tragédies de la guerre...

Les romances en temps de guerre, et encore plus en temps de seconde guerre mondiale, le septième art international et surtout le septième art ricain, en a fait presque un sous-genre à succès tant les péloches traitant du sujet sont foison.


Dès le départ, le film de Saul Dibb croule donc sous le poids évident de la comparaison avec ses divers aînés, et force est d'admettre que malgré tous les bons sentiments qui le caractérise, il ne propose décemment rien de neuf au genre même si il incarne clairement un joli petit moment de cinéma hautement plaisant et divertissant.

Rappelant fortement l'excellente série française Un Village Français (sans en atteindre sa maestria) dans sa mise en image de la France occupée, ou la tension règne au milieu des bassesses des pactes avec l'ennemi et des tentatives de résistances; Suite Française traite avec intelligence des privations et des contraintes qui constitue le quotidien de la guerre - confrontant chaque personnage avec sa propre humanité -, tout en peinant à pleinement emporter le spectateur dans sa peinture d'un conflit majeur du siècle dernier.

La faute avant tout et surtout, à un scénario se passionnant bien plus (trop peut-être) pour la fibre romantique du bestseller de Nemirovsky que sur sa portée historique, se permettant même quelques facilités dommageables mais assez habituelles dans le giron des productions historiques made in US (les allemands et les français parlant un anglais parfait en pleine campagne, ça joue pleinement la carte de la crédibilité...).


Séduisante même si pour le moins un chouia prévisible, filmé avec retenue et élégance, cette romance manquant cruellement d'originalité mais franchement vivante et empathique, est littéralement le cœur du métrage, magnifiée par les performances impeccables du duo Michelle Williams/Matthias Schoenaerts, dominant de la tête et des épaules un casting convaincant dans la généralité (l’inestimable Kristin Scott Thomas en tête, comme d'habitude), malgré des rôles assez caricaturaux.

La première, douce et fragile sous une apparente froideur, offre une prestation tout en retenue dans la peau de la docile Lucile face à un exceptionnel Schoenaerts, imposant en Bruno, colosse un poil brutal, soldat allemand mélomane à l'âme amoureuse et tiraillé par 1001 émotions, dont l'alchimie avec la belle blonde offrent de beaux instants touchants.

Portée par une nostalgie et une mélancolie constante (bien aidé par l'excellent score de Rael Jones et Alexandre Desplat), une reconstruction d'époque assez bluffante et une sobriété à toute épreuve, Suite Française est un beau et maîtrisé drame humain, touchant et d'un joli classicisme assumé mais qui aurait mérité toute fois plus de rigueur scénaristique pour pleinement épouser toute l'ampleur de son propos, mais surtout toute la puissance évocatrice du roman de Nemirovsky.


Manquant d'originalité mais remarquablement sensible et pudique, il incarne une belle fresque romanesque comme on n'en voit que trop rarement, et nous offre un potentiel nouvel objet de culte - si besoin était - pour les amoureux que nous sommes, de la belle Michelle Williams.


Jonathan Chevrier


John Chevrier

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