Abdul Khalim Mamatsuiev

[CRITIQUE] : The Search


Réalisateur : Michel Hazanavicius
Acteurs : Bérénice Bejo, Annette Bening, Maxim Emelianov, Abdul Khalim Mamatsuiev,...
Distributeur : Warner Bros. France
Budget : -
Genre : Drame, Guerre.
Nationalité : Français.
Durée : 2h14min.

Synopsis :
Le film se passe pendant la seconde guerre de Tchétchénie, en 1999. Il raconte, à échelle humaine, quatre destins que la guerre va amener à se croiser. Après l’assassinat de ses parents dans son village, un petit garçon fuit, rejoignant le flot des réfugiés. Il rencontre Carole, chargée de mission pour l’Union Européenne. Avec elle, il va doucement revenir à la vie. Parallèlement, Raïssa, sa grande sœur, le recherche activement parmi des civils en exode. De son côté, Kolia, jeune Russe de 20 ans, est enrôlé dans l’armée. Il va petit à petit basculer dans le quotidien de la guerre.


Critique :
Après le triomphe The Artist, pur hommage à l'âge d'or Hollywoodien, l'excellent Michel Hazanavicius avait deux voies bien distinctes pour la suite de sa carrière de metteur en scène.

Soit le bonhomme persistait dans cette même veine populaire (et un peu facile) en s'offrant même, pourquoi pas, un billet direct pour les states - Weinstein oblige - ou, seconde possibilité, il nous revenait avec un projet diamétralement opposé, dégagé de toute l'ironie qui faisait le sel de ses OSS 117 et même d'une certaine manière, de son The Artist aussi.


Avec The Search, le Michel a judicieusement choisit la deuxième solution, accompagnée une nouvelle fois de sa compagne Bérénice Bejo, pour s'attaquer à un sujet méchamment hasardeux, soit une plongée au cœur du conflit russo-tchétchène de la fin des années 90, à travers les destins croisés de quatre personnages : un enfant tchétchène dont la famille a disparu, sa grande sœur qui part à sa recherche dans tout le pays, un soldat russe enrôlé contre son gré et une française, travaillant pour la Commission Européenne.

Comme son titre l'indique, le cinéaste cherche, se cherche, expérimente mais se met surtout en danger avec son cinquième long, en changeant radicalement de registre (son cinéma est débarrassé ici de toute l'ironie et des références pop qui faisaient son panache) au risque de troubler voir dérouter son public, pour preuve son accueil méchamment éreintant lors de sa projection à Cannes (montage trop long et journalistes russes amateur de sifflets) au point qu'il ira jusqu'à coupé vingt minutes de gras dans son montage final (des scènes concernant, majoritairement, le personnage de Béjo).

Un mal pour un bien visiblement, puisque The Search incarne indiscutablement un merveilleux et bouleversant drame " à l'américaine ", puissant et intimiste, une œuvre réaliste et empathique faisant la part belle à ses personnages, notamment celui du jeune orphelin, Raïssa, à l'aura Chaplinienne, victime mutique et réfugié dans le silence d'une page toute récente (et encore à vif) de l'histoire de l'humanité.


Après avoir vu ses parents littéralement massacrés devant lui, traumatisé, il cherchera à échapper aux Russes en s'accrochant à la dernière parcelle d'humanité de son monde, la belle Carole, chargée de mission de la Commission Européenne, qui doit faire le point sur les événements mais qui se voit brutalement confrontée à la lenteur générale d'une diplomatie européenne indifférente à l'idée de se démener les plus démunies.

Une rencontre tendre et hautement touchante, dont les scènes d'intimité partagées incarnent de véritables grands moments de cinéma.
Une histoire précieuse à laquelle Hazanavicius à la bonne idée de greffer celle d'un jeune soldat russe, Kolia, embarqué de force dans le conflit, pour mieux montrer la violence insupportable de la guerre (la scène d'introduction, mais surtout le bizutage extrême au sein du camp d'entrainement).

Porté par un casting en tout point remarquable (mention à l'époustouflant Abdul Khalim Mamatsuiev) et ne forçant jamais la main même dans les instants les plus douloureux, le cinéaste offre tout simplement l'un des plus beaux drames de guerre de ces dernières années doublé d'un rapport à l'émotion sobre, digne et respectueux de son spectateur et de ses protagonistes puisqu'il ne verse jamais dans le tire-larmes et le pathos de supermarché facile (même la musique s'avère au final finement dosée).


Même si sa structure narrative manque un poil d'originalité, The Search est un sublime et cohérent témoignage furieusement humaniste et nécessaire sur une seconde guerre de Tchétchénie dont le monde du septième art (mais pas que) n'a finalement que trop peu parlé.

Et si beaucoup pourront critiquer aussi bien son fond que sa forme, personne ne pourra remettre en question l’honnêteté de cet engagement cinématographique de la part d'un cinéaste définitivement remarquable.


Jonathan Chevrier


John Chevrier

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