Bertrand Bonello

[CRITIQUE] : Saint Laurent

 
Réalisateur : Bertrand Bonello
Acteurs : Gaspard Ulliel, Jérémie Renier, Louis Garrel, Léa Seydoux, Amira Casar, Valeria Bruni-Tedeschi, Helmut Berger,...
Distributeur : Europa Corp Distribution
Budget : 55 000 000 $
Genre : Biopic.
Nationalité : Français.
Durée : 2h30min.

Synopsis :
Vous le connaissez sous de nombreux pseudonymes: «Monsieur dynamite», «Le parrain de la soul», «Le travailleur le plus acharné du show business». Préparez-vous à découvrir l’homme derrière la légende. Né dans une grande pauvreté en Caroline du Sud, au beau milieu de la grande dépression, en 1933, James Brown a survécu à une jeunesse émaillée d’abandon, d’abus sexuel, d’écoles de redressement et de prison. Personne ne lui a jamais appris les règles du jeu. Il était destiné à les briser. De son expérience de boxeur amateur ou de chanteur de rue, il a su canaliser chaque coup dur en un rythme qui se fit l’écho de sa rage de vivre. Il est devenu un des interprètes les plus influents qui marquèrent la scène soul ou funk, et l’artiste le plus samplé de l’histoire continue d’inspirer la plupart des artistes reconnus aujourd’hui.



Critique :

Il serait purement logique de trouver cela totalement mal placé, de voir débarquer dans les salles obscures un biopic sur une figure aussi imposante et populaire qu'Yves Saint Laurent, à peine deux ans après sa disparition.

Ce serait logique donc sauf que si il y a bien une personnalité sur qui il serait très facile de réaliser plusieurs péloches, c'est bel et bien YSL, grand homme de la mode aussi fascinant que mystérieux, qui a tout pour inspirer le septième art, comme Coco Chanel qui eut les honneurs de deux films sur sa vie, sorties quasiment simultanément.

Ce qui est d'ailleurs le cas également pour lui, puisqu'un premier - et réussi - biopic pondu par Jalil Lespert, Yves Saint Laurent, est sortie en début d'année, et que le second - signé ici par Bertrand Bonello -, Saint Laurent, débarque cette semaine dans les salles obscures, précédé d'une réputation des plus flatteuses.


Au jeu du " je fais comme toi et tant pis pour l'originalité ", c'est clairement sur ce second que l'on avait miser une pièce, le côté trop sage de Lespert (l'adoubement du protecteur Pierre Bergé n'aidant pas son cas) face à l'ambition créatrice de Bonello laissait présager un combat perdu d'avance, surtout que le Bertrand c'était entouré de trois des talents hexagonaux (Léa Seydoux, mais surtout Jérémie Renier et Gaspard Ulliel), que l'on chérit comme la prunelle de nos yeux de cinéphiles aguerris.

Projet indésiré - par Bergé surtout - mais libéré aussi bien du poids de " passer sur le grill en premier ", que de celui de devoir instinctivement coller aux passages obligés de la grammaire du biopic (YSL premier du nom s'en est chargé), ce qui lui permettra ainsi de mieux s'approprier le personnage et d'offrir ni plus ni moins que l'un des tout meilleurs films français d'une année 2014 pourtant riche en péloches d'exception.

Si Yves Saint Laurent manquait cruellement d'impact dans son hommage respectueux et un poil trop propret de la vie du " petit prince de la haute couture ", Saint Laurent éblouit par sa générosité et sa radicalité à toute épreuve.

Fixant son récit sur une décade décadente - entre 1967 et 1976 -, le film de Bonello se mesure constamment au mythe sans pourtant ne jamais le démythifier, se payant même le luxe de rendre sa légende encore plus flamboyante sur grand écran.


Choc visuel impressionnant, d'une beauté esthétique sans nom - entre vide et opulence - et d'une intelligence scénaristique remarquable (le film se focalise aussi bien sur la carrière triomphale de Saint Laurent, l'angoisse et la perdition qui nourrit son quotidien que sur sa romance  avec son amant Jacques de Bascher) ce qui frappe surtout dans le métrage - et ce qui manquait cruellement à son ainé, c'est le contraste constant entre morbidité et création.

La décadence physique d'un homme mystérieux et délétère (il impose une image de lui loin de celle fragile et infantile qu'on lui a faussement donné, le montrant même parfois volontairement méchant)  face à l'ennui et la mélancolie bouleversante de sa vie pourtant au firmament professionnel, un être hors du temps pourchassant l'éternel dans l’éphémère quitte à se bruler les ailes (la drogue, la tromperie), à la fois fracturé intérieurement et coincé dans une lutte perpétuel entre ce qu'il est - une âme autodestructrice et emplit de doutes - et ce qu'il doit être aux yeux du monde - un génie inspiré et flamboyant.

Entre drame, romance et fantastique, dénué de toute lourdeur, personnel (Bonello met beaucoup de lui dans le film), référencé (Proust notamment, vénéré d'ailleurs par Saint Laurent), vénéneux et noir, sensoriel et aussi sensuel et passionné que froid et spectrale, Saint Laurent est un époustouflant anti-biopic d'une inventivité et d'une majestueuse sans borne, comme on aimerait en voir plus souvent.

D'autant plus qu'il est magnifié par une mise en scène des plus inspirés (cadres précis, plans-séquences et splits screens se marient à merveille), une bande originale au poil et un casting à la composition indécente de perfection.


Bref, dire que l'on tient là, le favori des prochains césars avec Samba (et Yves Saint Laurent, bien entendu), il n'y a qu'un pas que l'on franchirait bien volontiers, tout comme celui de prédire une victoire d'un Gaspard Ulliel renaissant de ces cendres pour prouver au septième art français que sa promesse faîte il y a dix ans n'était pas veine, l'avenir du cinéma hexagonal passera bien par lui.

Cannes l'a boudé, mais les césars ne pourront pas l'éviter bien longtemps...


Jonathan Chevrier


John Chevrier

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