Alexandre Aja

[CRITIQUE] : Horns


Réalisateur : Alexandre Aja
Acteurs : Daniel Radcliffe, Juno Temple, Max Minghella, Joe Anderson, David Morse, Heather Graham, Kathleen Quinlan, James Remar,...
Distributeur : Metropolitan FilmExport
Budget : -
Genre : Thriller, Drame, Comédie, Romance, Horreur.
Nationalité : Américain.
Durée : 1h59min.

Synopsis :
Soupçonné d’avoir assassiné sa fiancée, rejeté par tous ceux qu’il connaît, Ignatius a sombré dans le désespoir. Un matin, il se réveille avec une paire de cornes sur la tête. Celles-ci lui donnent un étrange pouvoir, celui de faire avouer leurs plus noirs secrets aux gens qu’il croise. Ignatius se lance alors à la recherche du véritable meurtrier…


Critique :

Enfin, c'est ce que tout cinéphile un minimum avertit doit se dire à la vision du nouveau long métrage de l'excellent Alexandre Aja, attendu depuis plus d'un an maintenant, dans les salles obscures.

Après deux péloches à la qualité on ne peut plus mitigés - le foireux film de studios Mirrors et le fun mais bancal Pirahna 3D -, le bonhomme nous revient donc plus motivé que jamais, non pas avec l'adaptation attendue du dessin-animée Cobra (que l'on va encore attendre un petit peu puisqu'il s'occupera d'abord prochainement, de La Neuvième Vie de Louis Drax avec Jamie Dornan et Aaron Paul), mais celle du roman Cornes - Horns donc - de Joe Hill, aka le rejeton de l'inestimable Stephen King, qui s'est fait une belle réputation dans les librairies depuis ses débuts.

Porté par un pitch de malade et un casting qui l'est tout autant (Daniel Radcliffe, la sublime Juno Temple, Max Minghella et les beaucoup trop sous-estimés Heather Graham et David Morse entre autres), Aja avait tout entre les mains pour offrir avec Horns, une putain de claque fantastico-horrifico-romantique comme on en voit peu, un OFNI sur pellicule qui ouvrirait en grande pompe un dernier trimestre ciné de 2014 méchamment alléchant.


Et autant dire que si la péloche parait aussi foutrement bordélique et généreuse que jusqu'au-boutiste, longuette et prévisible au final, le cinéaste frenchy n'en a pas moins réussi son pari d'offrir un spectacle détonnant et impertinent, qui risque de bel et bien rebuter plus d'un spectateur qui voyait encore en Radcliffe le gentil petit Harry Potter...

Horns donc, ou l'histoire d'Ignatius Perrish, dit Ig, qui vit une histoire d’amour passionnelle depuis qu’il est enfant avec la jeune Merrin, jusqu'à ce que celle-ci est retrouvée violée et morte.
Accusé à tort du meurtre de sa petite amie, il essayera en vain de clamer son innocence face à une ville qui le considère comme un paria.
Bien décidé à trouver qui lui a prit son amour et sa vie, il va mener l'enquête solitaire pour trouver le meurtrier, bien aidé par les cornes qui viennent de lui pousser sur le front.

Désormais capable de forcer tous ceux qu'il rencontre à lui avouer ses plus intimes et terribles secrets, il va maitriser ce nouveau pouvoir paranormal et tout faire pour assouvir sa soif de vengeance...

De l'étrange et complexe roman de Joe Hill, Alexandre Aja offre une œuvre volontairement rock et décomplexé, mélange assumé entre conte fantastique, comédie satirique et critique (l'Amérique prolo en prend plein la gueule), romance bouleversante et quête vengeresse sous forme de thriller sanguinaire, certes brouillon mais pour le coup joliment envoutant, ambiguë et surprenant.


Tellement surprenant d'ailleurs, qu'on ne sait jamais vraiment ce qu'il va ressortir de chaque scène (tout du moins dans sa majeure partie), preuve si il en est que le cinéaste n'a rien perdu de son esprit joueur malgré sa difficulté à avoir imposé ses parti-pris durant la production.

Mieux, via une facture des plus classiques mais très habile (l'intrigue se construit entre une narration simple au présent et des flashbacks informatifs), il creuse encore un petit peu plus le sillon de l’impertinence, de la déconne et de l'exagération déjà présent dans son Pirahna, pour accoucher d'une identité mêlant habilement ironie et cruauté, violence gore et grossière.

Ou une mixture des plus outrancière et déjanté voir même carrément surréaliste, puisqu'il n'hésite jamais à brusquer le spectateur avec ces ruptures abruptes de ton.

Mais plus que toute chose, Horns c'est surtout l'histoire tragique d'un amour vibrant et au traitement intelligemment réaliste, un conte féérique contrarié par la vie (ou plutôt, la mort), qui obligera un jeune homme - dont on ne doute pas une seule seconde de ses sentiments ni même de son innocence -, à laisser parler sa rage pour mieux se venger et mettre en lumière tous les côtés sombres et immorales de l’humanité, ainsi que l'hypocrisie ambiante qui caractérise la société d'aujourd'hui.


Jouissif, générationnel, subversif et parfois même férocement tendu, porté par une musique démente - que ce soit le score enivrant de Robin Coudert ou la b.o comprenant Bowie et les Pixies -, une ouverture proprement à tomber et un symbolisme religieux rappelant sans cesse Stephen King (Hill s'est de qui tenir, puisqu'il s'amuse de l'image de la religion comme son pater), Horns vaut avant tout son infini réussite à la prestation remarquable d'un Daniel Radcliffe que l'on a jamais connu aussi exceptionnel.

L'acteur le savait, son retour dans le cinéma de genre après l'excellent La Dame en Noir, était attendu au tournant, et encore plus sous la caméra de l'atypique papa du remake La Colline à des Yeux.
Impliqué comme jamais et d'un second degré salvateur, le bonhomme trouve ici ni plus ni moins que son meilleur rôle jusqu'à aujourd'hui, qui le détache - si besoin était encore -, de son image d'idole pour ados et de stars de blockbusters.

Un peu comme, en son temps, l'a fait un certain Leonardo DiCaprio...

Puissant et quasi-parfait dans son interprétation cash, sans filet et à la maturité étonnante, il transcende le personnage de Ig pour en faire martyr mélancolique qui se transforme peu à peu en ange du mal, à l'aise aussi bien dans la tragédie que dans l'humour noir.


A ses côtés, si l'on déplore la composition transparente d'un Max Minghella peu inspiré, en revanche, la sublime Juno Temple - pour une fois dans la peau d'un personnage sobre - lui offre un répondant des plus séduisants, merveilleuse de pureté et de mystère en Merrin, objet de toutes les convoitises dont on tombe aisément amoureux dès le premier regard.

Évidemment, malgré tous ces jolis bons points, Horns n'est malheureusement pas dénué de défauts, loin de là, un poil trop long et étiré (on aurait pu lui tailler une bonne demie heure de gras), trop prévisible, moralisateur et explicatif - merci la voix-off - dans son dernier acte qui part littéralement dans tous les sens, la bande a aussi pour talon d'Achille embêtant les petites faiblesses de la mise en scène du pourtant audacieux Aja.

Trop nostalgique et référentielle (David Lynch et Stephen King of course, le cinéma des 80's et, obligatoirement, celui du pape Spielberg), manquant un poil de piment (surtout dans la mécanique de l'enquête de Ig, prenante mais très vite superficielle) mais clairement de sérieux, même si quelques fulgurances gores et burlesques - ses cadrages sont toujours bien pensé, et quelle bonne idée de vouloir constamment changé d'ambiance -, nous rappelle bien que l'on est face ici à une œuvre des plus personnels (il aime cette histoire et cela se sent), aussi bien dans ses défauts que dans ses plus grandes qualités.

Honnête, généreux, hybride, riche et profondément singulier, avec Horns, le cinéaste se joue des codes et signe tout simplement son meilleur long métrage après La Colline à des Yeux, tout en offrant en prime à Radcliffe le rôle le plus mature de sa jeune et prometteuse carrière, et aux spectateurs certainement la bande la plus barrée de cette fin d'année ciné 2014.


La majeure partie détesteront surement cette proposition indécente (coucou les fans d'Harry Potter qui vont surement maudire Alexandre Aja d'avoir diaboliser leur héros), quand aux autres, ceux qui sauront y capter tous les petits moments de plaisir qui parsèment la péloche, ils trouveront en cette aventure d'une jeune homme cornu, l'un des meilleurs films de genre de l'année, et surtout une œuvre potentiellement culte d'ici les prochaines années à venir.

Le cinéma du frenchy a toujours divisé, et ce n'est donc pas avec ce nouvel essai que cela va changer, bien au contraire...


Jonathan Chevrier


John Chevrier

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