Ansel Egort

[CRITIQUE] : Nos Étoiles Contraires


Réalisateur : Josh Boone
Acteurs : Shailene Woodley, Ansel Egort, Nat Wolff, Laura Dern, Willem Defoe,...
Distributeur : Twentieth Century Fox France
Budget : -
Genre : Drame, Romance.
Nationalité : Américain.
Durée : 2h05min.

Synopsis :
 Hazel Grace et Gus sont deux adolescents hors-normes, partageant un humour ravageur et le mépris des conventions. Leur relation est elle-même inhabituelle, étant donné qu’ils se sont rencontrés et sont tombés amoureux lors d'un groupe de soutien pour les malades du cancer.




Critique :



Qu'on se le dise, chaque année, il y a toujours une péloche mélodramatique qui éponge le box-office US sans que l'on ne sache trop pourquoi ni même comment.
C'est comme ça, c'est la magie du cinéma comme on dit et cette année, c'est Nos Étoiles Contraires qui a remporté le pompon, avec plus d'une centaine de millions de dollars à la clé et une pléthore d'adolescentes ayant fait grimper en flèche plus que de raison, la côte de Kleenex en bourse.

Un joli triomphe, mais surtout le second carton de l'année pour la belle Shailene Woodley, après le triomphe de Divergente premier du nom - qui lui ouvra littéralement les clés d'Hollywood -, et le succès d'estime du sublime The Spectacular Now - qui lui offrit une grosse crédibilité à son c.v.

Si l'on omet sa présence avortée dans le bancal mais divertissant The Amazing Spider-Man 2, dans la peau de Mary Jane Watson (peut-être un mal pour un bien), on pourrait décemment affirmer que la demoiselle aligne en 2014 un quasi-sans faute.
Pas vraiment étonnant quand on sait qu'elle s'efforce à choisir méticuleusement ces projets depuis sa révélation aux yeux des cinéphiles du monde entier, chez Alexander Payne avec l'excellent The Descendants, il y a deux ans maintenant.


Pour la troisième fois cette année, on la retrouve donc sur grand écran dans ce The Fault in Our Stars, fidèle adaptation du best-seller éponyme de John Green, pour lequel elle retrouve en vedette Ansel Elgort, qui jouait le rôle de son frangin dans Divergente.
Un micmac niveau casting déjà ressenti sur Divergente, ou la belle donnait la réplique au génial Miles Teller, qui y jouait son pire ennemi là ou il incarnait son amoureux dans The Spectacular Now, bref originalité des producteurs quand tu nous tiens...

Mais revenons-en à nos moutons et à ce Nos Étoiles Contraires donc, histoire d'amour impossible sur le papier bouleversante, qui a tout en elle - au bas mot - pour incarner ni plus ni moins que la péloche romantique référence de toute une génération actuelle (trop) méchamment biberonné aux Twilight et autres Sublimes Créatures et The Mortal Instruments franchement méprisables (pour être poli).

Restait simplement à savoir si le metteur en scène Josh Boone était capable de transformer l'essai et apporter ce qu'il faut de personnalité pour rendre son second long proprement emblématique.
Et après vision, difficile de ne pas admettre que si son film tient plus ou moins bien la route, il est loin d'atteindre les sommets voulus, voir même espérés.

Nos Étoiles Contraires ou l'histoire d'Hazel Grace, 16 ans, et d'Augustus Waters, 17 ans, deux adolescents à l'humour ravageur et qui méprise les conventions, mais qui ne sont surtout pas franchement gâtés par la vie.
Elle est atteinte d'un cancer de la thyroïde incurable et respire via une bonbonne d'oxygène, tandis que lui est en pleine rémission d'un ostéosarcome, qui lui a fait perdre une partie de sa jambe.
Alors qu'ils se rencontrent lors d'un groupe de soutien pour les malades du cancer, les deux vont peu à peu tomber amoureux l'un de l'autre.

Et tant pis si la bonne fortune n'est pas leur meilleure alliée, ils vont profiter un maximum du temps qu'ils leur est donné, et gouter au doux fruit de l'amour partagée et totale...


Avant toute chose, on ne peut que saluer la volonté de Josh Boone, de vouloir user du sous-genre très délicat à négocier du mélo médical - sous-genre ou l'happy end n'a guère sa place -, le plaçant de facto comme l’équivalent contemporain du cultissime Love Story d'Arthur Hiller (bien plus encore que Le Temps d'un Automne, qui le pillait sans vergogne), summum du larmoyant sur grand écran.

On pourrait même trouver son pari d'offrir un divertissement vérité - comme l'annonce son héroïne dans l'ouverture -, joliment honnête et culottée à l'heure ou les teen movies à l'eau de rose accumulent les éléments fantastiques à la pelle dans leur script pour justifier un minimum leur existence (et encore) dans l'exploitation en salles de ces dernières années.

Le problème, c'est que sa mise en scène (pas plus poussé qu'un téléfilm du dimanche après-midi) et son écriture lourdement impersonnels déréalise le plus souvent, justement, le drame et font du métrage qu'une accumulation de poncifs frisant l'indécence, dont le point culminant correspond à la parenthèse à Amsterdam, moment clé ou le réalisateur perd littéralement pied et aligne les scènes sans vrais liens entre elles mais surtout flanqués de tous les clichés touristiques possibles.

Pire, dans cette guimauve dégoulinante sur pellicule bien plus retranscription au pied de la lettre que véritable adaptation de la part d'un yes man qui n'apporte aucune âme à l'ensemble, ou la noirceur de la maladie est entaché par un positivisme trop artificiel et putassier pour vraiment convaincre, on peine réellement à être emballé par la naissance de la romance entre Hazel et Gus, dont la rencontre plutôt original - dans un groupe de soutien -, n'est jamais transcendé par une relation ennuyeuse à souhait, et dont on attend avec une impatience non-feinte, le premier passage à l'acte qui mettra vraiment son temps pour pointer le bout de son nez (cf la scène ridicule précisée plus bas).


A ce point-là, on ne se laisse donc plus irrité par les nombreuses invraisemblances que comprend l'intrigue (le fait que les deux ados retrouvent en deux minutes montre en main, l'écrivain adoré par Hazel qui cherchait justement à se faire oublier, ou encore le fait que le couple se retrouve dans des hôtels de luxe à Amsterdam là ou leur familles sont censés être en difficulté...), ses désirs de théorisation sur la valeur de l'amour, de l'amitié et de la famille, ni même ses moments étrangement ridicule - le first kiss applaudit par des inconnus, témoins de la scène -, et on prend notre mal en patience durant près de deux heures, jusqu'à un final prévisible il est vrai, mais qui fend le cœur.

Dommage car si l'enrobage de guimauve et de légèreté annihilant toute gravité pourra agacer plus d'un cinéphile, le film a cependant quelques petits tours salvateurs dans son sac pour séduire les plus réfractaires à sa love story impossible, notamment la plume des géniaux scénaristes des précieux 500 Jours Ensemble et The Spectacular Now, qui si ils ne se dépatouillent pas des masses pour extirper leur histoire d'un dramatisme méchamment sirupeux, apportent leur lot de dialogues savoureux pour rendre le sens de la répartie de ses protagonistes principaux, un minimum plaisant.

Mais le vrai bon point de Nos Étoiles Contraires (et la Vraie raison de se déplacer en salles pour voir le film) reste indiscutablement la sublime Shailene Woodley, qui tire sans peine son épingle du jeu, attachante et rayonnante dans la peau malade d'Hazel, tellement naturelle qu'on en oublierait presque son respirateur qui la dévisage pourtant tout du long.

Sans forcer, elle porte le métrage sur ses larges épaules et éclipse totalement ses petits camarades, à commencer par le sympathique et jovial mais manquant de charisme Ansel Elgort, avec son alchimie ne convainc que partiellement.


Côté seconds-couteaux, on retrouvera également une Laura Dern étonnement transparente (ah c'est sur que quand la madame n'est pas chez tonton Lynch...), tandis que Willem Defoe, impérial (peut-il en être autrement ?), rehausse le niveau de par son charisme imposant, dans le rôle important mais peu présent, d'un écrivain misanthrope et miné par le deuil.

Sa présence, infiniment sombre, dénote clairement avec le reste du métrage même si il est le seul à tendre vers ce sentiment de dureté et d’honnêteté avec la mort, promesse que se devait de suivre le film de tout son long.

Trop léger, ennuyeux, manipulateur (ça chasse la larme du spectateur avec la délicatesse d'un éléphant dans un magasin de porcelaines) malgré quelques petites fulgurances malheureusement trop fugaces pour réellement l'emporter sur ses nombreuses maladresses, Nos Étoiles Contraires est en tout point une cruelle déception, rarement à la hauteur de l'attente qu'il a su attiser, que ce soit de par son succès monstre outre-Atlantique, ou sa jolie bande annonce.

Bref, les années 80 ont eu Dirty Dancing, les années 90 Titanic, les années 2000 N'oublies Jamais et il y a de grandes chances pour que les années 2010 auront comme référence générationnelle Nos Étoiles Contraires, puisque les adolescentes de moins de dix-huit piges en feront surement leur futurs péloches de chevet.


Quoiqu'il en soit en attendant, on n'est pas prêt d'arrêter de célébrer le talent de Shailene sur grand écran cette année, puisqu'elle sera de retour en octobre prochain dans l'attendu White Bird in a Blizzard de Gregg Araki.

Si le film de Josh Boone ne nous a pas séduit, en revanche, l'opération séduction nommée Woodley aura eu impact loin d'être minime par chez nous...


Jonathan Chevrier


John Chevrier

0 commentaires:

Publier un commentaire

Fourni par Blogger.