Antonio Banderas

[CRITIQUE] : Expendables 3


Réalisateur : Patrick Hugues
Acteurs : Sylvester Stallone, Jason Statham, Jet Li, Dolph Lundgren, Randy Couture, Terry Crews, Arnold Schwarzenegger, Wesley Snipes, Antonio Banderas, Mel Gibson, Harrison Ford, Kelsey Grammer, Kellan Lutz, Ronda Rousey, Victor Ortiz, Glen Powell, Robert Davi,...
Distributeur : Metropolitan FilmExport
Budget : -
Genre : Action, Aventure.
Nationalité : Américain.
Durée : 2h07min.

Synopsis :
Barney, Christmas et le reste de l’équipe affrontent Conrad Stonebanks, qui fut autrefois le fondateur des Expendables avec Barney. Stonebanks devint par la suite un redoutable trafiquant d’armes, que Barney fut obligé d’abattre… Du moins, c’est ce qu’il croyait.
Ayant échappé à la mort, Stonebanks a maintenant pour seul objectif d’éliminer l’équipe des Expendables. Mais Barney a d’autres plans... Il décide d’apporter du sang neuf à son unité spéciale et d’engager de nouveaux équipiers plus jeunes, plus vifs et plus calés en nouvelles technologies. Cette mission se révèle rapidement un choc des cultures et des générations, entre adeptes de la vieille école et experts high-tech.
Les Expendables vont livrer leur bataille la plus explosive et la plus personnelle…



Critique :


Quoiqu'on en dise - et surtout pour les biberonnés à l'époque bénit des 80's que nous sommes -, Expendables est une franchise de Vrais Héros énervés et nostalgiques, qui prouvent au monde qu'ils ne sont pas mort et que malgré le fait que les modes et les temps changent dans le monde impitoyable du septième art, qu'ils sont encore là, prêt à en découdre et à prouver qu'ils peuvent toujours exister même si on ne veut plus forcément d'eux.

Une volonté d'exister à l'ancienne et ce, sans costumes, sans super pouvoirs ni même sans aide outrancière du numérique.
Bref, du pur artisanal dans toute sa splendeur, de l'étoffe de Vrais Héros, que si c'est pas ta came en salles c'est que vraiment, t'es définitivement pas un môme des eighties !

Mais qui dit pure série B dans les plus belles règles de l'art, dit donc indiscutablement que la franchise doit se faire un devoir d'épouser toutes les tares du genre, dont l'obligé script souvent facile, qui ne sera vraisemblablement pas le futur vainqueur de l'oscar du meilleur scénario (ça se saurait sinon) et qui tient en tout et pour tout, sur une feuille de papier cul toute douce de chez Lotus.

Une tare qui fait, dans un sens, tout son infini charme pour les amateurs du genre, puisqu'elle se débarrasse du superflu pour ne se focaliser que sur une seule chose : le divertissement musclé, jouissif et spectaculaire.


Ne trahissant pas la tradition et encore moins ses pairs, le méchamment attendu Expendables troisième du nom suit donc la même ligne directrice que les précédents opus et se résume en à peine quelques mots ou presque : péter des gueules en free-lance pour une CIA peu reconnaissante c'est un métier à haut risque, Mad Mel Gibson c'est le méchant, il a tenté de buter un mec de la bande donc faut lui faire la peau, et c'est Stallone qui s'en chargera parce que c'est le boss.

Voilà, et si en plus cela sauve le monde d'un désastre terroriste, c'est du bonus.

Donc non, Expendables 3 n'est pas un film qui prime sur son scénario, mais bien sur la surenchère et le purement jouissif, en bon et généreux feu d'artifice de la saison qu'il incarne pour les initiés du cinéma d'action d’antan, bourrés de répliques et de références cultes, de scènes explosives et débridées, de destructions de malade, d'un humour lourd comme il faut, le tout saupoudré d'une tension un brin intense et d'une mélancolie touchante.

On pourrait même décemment considérer EX 3 comme une digne conclusion de la trilogie, un bouquet final sous forme de passage de relai évident même si ces défauts cette fois-ci, sont bien plus visible que dans les opus précédents.
Mais c'est une question de relativité dans le fond, tant il incarnera pour certains (voir beaucoup) une grosse douche froide et pour d'autres (dont moi, mais l'on risque de se faire plus rare que pour la première catégorie), un divertissement total, bancal mais sincère dans sa volonté de mélanger les genres et les générations.


Car il est bien là le soucis majeur de la potentielle discorde autour d'Expendables 3, la volonté du métrage à trop vouloir faire du neuf avec du vieux et... du neuf.
Du vieux avec un nouveau casting burné qui frise l'indécence du bon gout (Grammer, Banderas, Gibson, Snipes, Ford what else ?), de l'action débridée tout autant que son humour référencé lui-même en constant rapport avec la vie civile ses interprètes.

Du neuf avec, justement, de nouveaux renforts à la qualité de jeu un poil douteuse (la jolie et badass Rousey, Kellan " Twilight/Hercule " Lutz, Glen Powell et Victor Ortiz), là pour racoler la nouvelle génération de spectateurs, mais également un jeune réalisateur plein de promesse (Patrick Hugues) et un style touchant à des genres plus contemporain (comme le techno-thriller, dans une scène d'enlèvement rappelant méchamment Mission : Impossible 3).

Si le vieux à déjà fait ses preuves avec succès, en revanche, la modernisation de la sauce Expendables à quand même quelques gros couacs à l'arrivée, la faute notamment, à un studio cherchant beaucoup trop à rendre le film visible pour tous, mais aussi à un metteur en scène novice dans un genre ou il faut avoir déjà fait ses gammes pour réellement emporter l'adhésion des initiés.

D'un abandon de l'hyper-violence au profit d'un montage serré sans gerbes de sang et autres corps explosés pour mieux coller à un public sensiblement plus jeune - mais qui n'en a rien à foutre des vieux briscards qui ne sont pour eux, que des has-been (rendre commercial ce qui ne doit pas l'être) -, à un casting beaucoup trop nombreux pour que l'on puisse porter l'importance nécessaire à chacun, sans oublier un manque cruel d'audace dans les affrontements (pas de close combat à la " Raid " ici, on tire plus qu'on ne frappe), c'est finalement dans les sentiments les plus simples que la bande trébuche le plus souvent.


Quand il joue sur la corde émotionnelle, le tout ne fonctionne pas des masses (même si l'on reste touché par ce qui arrive à Ceasar), tant il est difficile d'imaginer le démantèlement de l'équipe originelle au profit d'une nouvelle plus jeune et fraiche - surtout que Ross ne la convoque au départ que pour une mission quasi-suicide, un simple aller sans ne jamais promettre un retour.
Quand il veut instaurer des enjeux dramatiques, on peine à se sentir un minimum inquiété par le sort aussi bien des anciens briscards (Caesar) que de la nouvelle garde (ultime raison des Expendables à revenir en découdre avec Stonebanks).

Et d'un point de vue intensité, outre le face à face dantesque entre Mad Mel et Rocky - qui atteint son paroxysme dans une scène de rapport de force aussi tendu que la ficelle d'un string -, difficile de vibrer pour quoique ce soit d'autre.

Reste que d'un point de vue purement technique, Hugues fait le boulot - plus que Simon West sur le 2 -, notamment dans plusieurs plans réellement léchés via une photographie et un montage étonnement ambitieux, ou il magnifie les gueules cassées et nerveuses de Stallone et Gibson.
Ses menus défauts auraient donc clairement pu être oublier par les spectateurs que nous sommes, conquis d'avance par cette réunion, si le casting d'action men suivait la cadence derrière.

Mais outre un Sylvester Stallone toujours exceptionnel - on est heureux qu'il ne soit toujours pas trop vieux pour ses conneries -, une Ronda Rousey sexy en diable quand elle se fight (on en tombe vite amoureux), un Statham qui fait le boulot comme d'habitude et dont l'alchimie avec Stallone est toujours convaincante, mais surtout un Mel Gibson imposant comme jamais - avec Sly, il est définitivement un gros cran au-dessus de ses petits camarades -, derrière on déplore plus de casses que de véritables apparitions marquantes.


Wesley Snipes y est absolument génial mais se voit privé d'action au bout de trente minutes (avant de revenir pour le show final), Jet Li est ridiculement sous-utilisé comme Terry Crews, Randy Couture et Dolph Lundgren sont quasi-transparent et que dire de Schwarzenegger, à peine bon à fumer son cigare et à tenir sa mitraillette.

Quand aux autres, Ford y semble méchamment fatigué même si il remplace à merveille Bruce Willis, Kelsey Grammer fait sourire dans un rôle hautement sympathique, Kellan Lutz et Victor Ortiz n'impressionnent pas vraiment (enfin, surtout le second) et quand à Banderas, si pour beaucoup il incarnera le bouffon de service, il est pourtant la caution comique number one du métrage, cabotinant à merveille dans la peau de Galgo, mercenaire dans le sang qui cherche désespéramment à retrouver un job.

Ajoutez à ça que deux grosses scènes d'action d'envergures (l'ouverture en deux parties et le final), des décors à la pauvreté abusive pour une telle production, tout droit sortie d'un DTV de Steven Seagal - ça gambade dans la foret ou au milieu des usines à yaourts désaffectés en Bulgarie -, des dialogues un peu trop rallongés et la messe aurait été définitivement dite sauf que tout n'est pas bon à être jeter aux ordures dans Expendables 3, bien au contraire.

Beaucoup reprochait au premier opus de ne pas être un peu plus porté sur l'action et de ne pas posséder un vilain assez charismatique pour tenir tête à Stallone (sorry Eric Roberts) tandis que le second, gros plaisir coupable sur pellicule, était justement critiqué pour son manque de sérieux, son humour un peu trop présent et son pitch tellement famélique que s'en était indécent.


Ici, Sly et Hugues tentent de corriger le tir en offrant un divertissement sérieux comme l'original, et parsemé de petites touches de fun comme le deuxième opus, mais surtout en offrant enfin à Barney Ross, un nemesis de poids en la personne de Stonebanks, co-fondateur et ex-Expendables laissé pour mort par le premier, et qui ne rêve que de se venger de ses propres mains après avoir été trahi par son propre frère d'armes.

Un duel au sommet entre deux reflets - sombre et clair - d'un même miroir irrémédiablement fêlé, qui vaut à lui seul son pesant de popcorn mais qui aurait mérité pourtant un background un petit peu plus poussé, tant il aurait été juste de bien plus se focaliser sur le passif de Stonebanks.
Idem pour ce qui est de leur affrontement final, trop court et vite expédié comme c'était déjà le cas entre Vilain et Barney dans Expendables 2.

Au delà, on reste tout de même méchamment scotché à son siège aussi bien dans le premier tiers (très proche du premier film) que dans le dernier (très proche du second film, décidément...), ou les corps s'accumulent sans que nos héros n'aient - presque - la moindre égratignure.

Trip nostalgique et fun sans réellement en être un, paradoxalement divertissement bancal qui ne tient pas toutes ses promesses et métrage hautement efficace, jouissif et spectaculaire, Expendables 3 n'atteint pas les sommets voulus mais se révèle pourtant une bonne conclusion à une trilogie il est vrai, de plus en plus en perte de vitesse depuis un premier opus réellement solide et convaincant.


Pour un quatrième long, on ne peut qu’espérer que Stallone reprenne définitivement les rênes d'une franchise victime de son succès et qu'il ne maitrise peut-être plus réellement (il est passé de réalisateur/scénariste/vedette à simple co-scénariste et vedette en l'espace de deux films), surtout quand on sait que le bonhomme n'est jamais aussi bon que lorsqu'il est au pied du mur (on se rappelle au bon souvenir des sublimes Rocky Balboa et John Rambo).

On va donc prier pour que le quatrième opus, qui devrait vraisemblablement reprendre avec une (ou la) nouvelle équipe, retrouve cette fois-ci l'âme bourrin et touchante des années 80, sachant que cette fois-ci, Mad Mel ne sera pas là pour faire pencher la balance en sa faveur...


Jonathan Chevrier


John Chevrier

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