300

[CRITIQUE] : 300 : La Naissance d'un Empire


Réalisateur : Noam Murro
Acteurs : Sullivan Stapelton, Eva Green, Lena Headey, Rodrigo Santoro,...
Distributeur : Warner Bros France
Budget : 110 000 000 $
Genre : Action, Fantastique, Péplum.
Nationalité : Américain.
Durée : 1h42min.

Synopsis :
Le général grec Thémistocle tente de mobiliser toutes les forces de la Grèce pour mener une bataille qui changera à jamais le cours de la guerre. Il doit désormais affronter les redoutables Perses, emmenés par Xerxès, homme devenu dieu, et Artémise, à la tête de la marine perse…



Critique :

2007, après avoir relevé un défi que l'on pensait tous insurmontable - offrir un remake légitime, bandant et respectueux au culte Zombie de George Romero -, le génie Zack Snyder s'attelait à un autre projet violent, vénère et follement ambitieux, la mise en image de l'une des pièces maitresses de la carrière de l'inestimable Frank Miller, 300, ou une version testostéronée, féroce et brutale de l'un des faits d'armes les plus imposants de tous les temps : la bataille des Thermophyles.

Résultat, le bonhomme relevait de nouveau le pari - encore plus fou puisque tourné uniquement en studio - avec brio, en accouchant d'un spectacle stylisé puissant et total, iconisant l'hyper-violence comme rarement auparavant.
Une ode guerrière audacieuse, radicale et lyrique aux héros charismatiques et bodybuilés, qui lança à elle seule la mode du péplum à l’esthétique numérique (d'ailleurs, autre films du genre sont à l'honneur cette année), et qui intronisa au panthéon des plus grands guerriers du septième art, le grand roi Leonidas (quoi qu'on en dise, LE rôle de la carrière du sympathique Gerard Butler).

Suite attendue depuis des lustres, La Naissance d'un Empire qui n'a plus le Zack derrière la caméra (mais heureusement encore présent à la production), se concentre lui, sur la soif de conquête de Xerxès et plus précisément, sur la bataille navale de Salamine, entre le stratège grec Thémistocle et la perfide Artémise, le bras droit de Xerxès.


Enrichissant et élargissant à merveille l'univers du premier opus, via une intrigue foutrement originale puisqu'elle est à la fois prequel, présent et suite du film de Snyder, démontrant frontalement aussi bien les enjeux que les conséquences du sacrifice spartiates pour la Grèce libre, le film pousse encore plus loin le sillon creusé par 300, en multipliant tous les effets par dix, au point même que le film original parait limite sobre en comparaison.

Pluies de combattants, du gore à la chaine (ou au litre pour être encore plus précis), destructions et explosions à outrance (même si on n'est pas chez Michael Bay non plus), une violence plus affirmée et un nombre de ralentis classieux décuplés - au point de rendre le procédé lourdement abusif -, le film se paye le luxe de jouir de tous les excès, quitte à même paraitre un peu confus dans son accumulation de moments de bravoure en tout genre (on pense évidement à la scène du cheval bravant aussi bien les flèches, les épées, les perses que le feu et l'eau, sur des flottes en ruines...).

Tout aussi patriotique, réactionnaire mais prônant moins la notion de résistance à l'envahisseur que le film de Zack Snyder - Leonidas bottant du fantassin sur ses terres des Portes Chaudes a plus de résonance que Thémistocle résistant sur la mer -, tout en conservant le même code de conduite pour ses héros (l'honneur, le courage et le dévouement pour la mère Grèce et la liberté), le film est surtout mué par une fois inébranlable en la démocratie occidentale en lutte contre le despotisme du règne oriental du " God King ".

Les grecs, annoncés comme des paysans tout du long mais qui s'avèrent in fine plus proche des spartiates qu'autre chose (seule la couleur de leur capes les différencient réellement sur le front), sont en revanche bien plus stratèges que la bande à Leonidas, êtres brutaux et bellicistes glorifiant l'art de la guerre.


Les perses quand à eux, outre une description plus approfondis du destin de Xerxès - une fois encore inutile à l'intrigue - et surtout Artémise, semblent de nouveau caricaturés à l'extrême (certains se reconvertiront même en kamikazes, bonjour le clin d’œil post 9/11), image limitée déjà présente dans le premier film, ou les perses étaient montrés comme des êtres cruels et dépravés.

Mais à la différence de 300, film purement masculin, considéré - à tort dirons-nous - comme une épopée virile fasciste et crypto-gay, le métrage est bien plus un film sur le pouvoir dominant de la femme que sur la puissance du mâle sur le champs de bataille, tant celles-ci y sont décrites ici comme de véritables maitresses autoritaires à la détermination implacable.

La reine Gorgo (magnifique Lena Headey), veuve ivre de vengeance et bras armé de Sparte, fait figure ici de femme forte qui part sa seule volonté, peut décider du destin aussi bien de son peuple que celui de la Grèce toute entière, tout en incarnant le pivot narratif essentiel au spectateur, puisqu'elle parsème continuellement la péloche d'une voix-off instructive, dictant tous les contextes de l'histoire.
Artémise, elle (éblouissante et ahurissante Eva Green), apparait comme la menace majeure de l'empire perse, une beauté empoisonnée au passé douloureux - et c'est peu le cas de le dire -, fine lame aussi froide qu'impitoyable et décidée coûte que coûte à faire chuter la Grèce.

Des figures féminines tellement imposantes donc que le pauvre Thémistocle (Sullivan Stapleton, pourtant juste), peine réellement à s'imposer en héros majeur de la Grèce, plus posé et stratège mais surtout à des années lumières de la stature et du charisme animal de Leonidas/Gerard Butler.


Amputé par un score franchement banal - les trois minutes de Remember Us du final de 300 retournent à elles seules toute la b.o de celui-ci -, et une 3D peu inspirée (malgré un premier quart d'heure tout simplement éblouissant), beaucoup trop sombre et ne rendant que peu justice à la sublime photographie et au visuel techniquement maitrisé (un plus indéniable dans la balance de la comparaison face à 300, dont certains plans paraissaient il est vrai, un poil artificiel), Rise of an Empire ne trouve finalement son défaut majeur, que dans la (très) grosse simplicité de son écriture.

Mais si scénaristiquement parlant, la péloche parait salement décousu et uniquement vouée à attaquer la rétine de son spectateur, via une accumulation de scènes spectaculaires sans véritable consistance entre elles - c'est quand même très bavard quand ça pète pas -, et qu'outre ses deux protagonistes principaux (Artémise et Thémistocle), ses personnages manquent foutrement de profondeur voir même d'intérêt, force est d'admettre que la volonté du réalisateur Noam Murro à en mettre absolument - et peut-être uniquement - plein la vue rend le tout jouissivement ludique et délirant.

Parce qu'après tout, de tout son long la péloche assume son ridicule, son fan service et son statut de superproduction friquée mais toujours généreuse, pour preuve la scène de coït barbare et sensuelle entre Thémistocle et Artémise, summum de jeu de dominance frisant l'humoristique, ou la belle Eva donnera de sa personne comme on ne lui en demandait pas tant, tout ça par amour de la diplomatie en temps de guerre...


Botoxé aux CGI, impressionnant, violent et gore à souhait, parfois dérisoire et bruyant mais franchement plaisant, La Naissance d'un Empire est loin de la catastrophe redoutée, en s'inscrivant intelligemment dans la droite lignée de son ainé - sans en égaler la puissance - mais surtout en s'imposant comme un excellent divertissement aussi expérimental qu'emplit d'une folie douce hautement salvatrice.

Alors certes, This is Greece fait moins frissonné et résonne moins fort dans le cœur et la psyché des cinéphiles endurcis que nous sommes, que This is Sparta, mais le cri n'en est pas moins foutrement vibrant à entendre.


Jonathan Chevrier


John Chevrier

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