Abbie Cornish

[CRITIQUE] : Robocop


Réalisateur : José Padilha
Acteurs : Joel Kinnaman, Michael Keaton, Samuel L. Jackson, Gary Oldman, Jackie Earle Haley, Abbie Cornish,...
Distributeur : StudioCanal
Budget : 100 000 000 $
Genre : Action, Science-Fiction.
Nationalité : Américain.
Durée : 1h57min.

Synopsis :
Les services de police inventent une nouvelle arme infaillible, Robocop, mi-homme, mi-robot, policier électronique de chair et d'acier qui a pour mission de sauvegarder la tranquillité de la ville. Mais ce cyborg a aussi une âme...




Critique :

Il y a des films qui, avant même leur sortie dans les salles obscures, font l'unanimité auprès des cinéphiles, souvent parce qu'ils incarnent ce " je ne sais quoi " de savoureusement original et jouissif.
Évidemment, il y a toujours des cas diamétralement différent, qui dès leurs citations répugnent tout autant qu'ils indignent.

Inutile de vous faire un dessin pour vous suggérer dans laquelle des deux catégories ce situe ce remake non-désiré et encore moins utile, du Robocop de l'immense Paul Verhoeven, péloche tellement culte tellement ancré dans la popculture des eighties qu'elle en devenait de facto totalement inapte au cinéma d'aujourd'hui, bourrés de blockbusters pétaradants et propre sur eux, histoire de racoler un public le plus large possible.

Mais vous le savez comme nous, Hollywood n'aime pas laisser vieillir en paix ses plus belles œuvres donc bon, faisons avec comme on dit, de toute manière nous n'avons pas réellement le choix...
Comportant sur le papier, tout ou presque de ce que l'on peut détester dans un remake, le film démarre étrangement plutôt bien, avec une ouverture intéressante jouant clairement sur l'interventionnisme abusif des États-Unis à l'étranger, avant de même prendre son temps pour mettre en image la transformation d'Alex Murphy en Robocop.

Padilha ne se la joue pas fainéant et, si son intrigue se voit percer en quelques secondes, il met tout le paquet pour que sa version 2.0 du cop robotisé soit le plus contemporaine possible.
En effet, Robocop ici va vite, très vite même, il bondit sur les toits d'immeubles comme si son poids ne le gênait pas d'un pouce, il esquive tel un ninja ses ennemis et mieux, il ne perd pas la moindre goute de sang.
Même son apparence sans l'upgrade du luxe, passant d'une version classifié de l'armure de 87, à une version black et assez banal, ressemblant à un super-héros mixé entre un G.I. Joe et Iron Man - d'ailleurs, même sa démarche n'est plus robotique -, pour in fine revenir à la version grise du début.


Mieux, si la version du cinéaste Hollandais décrivait une homme-robot qui peu à peu - à coups de flashbacks et de rencontres - retrouvait la mémoire pour se rapprocher au plus près d'Alex Murphy plus que de Robocop, le cinéaste brésilien lui offre un processus inversé, ou quand, à force d'être modifié, c'est Alex lui-même qui perd de plus en plus son aspect humain au profit de son nouveau lui, presque entièrement robotisé.

Mais tous ses bons points sont très vite bousillés par une mise en scène sans éclat, propre mais souvent redondante voir même confuse (trop de shaky cam tues la shaky cam) quand, en vue subjective, le metteur en scène se croit en plein FPS, ou encore dans une constante volonté d'apporter un semblant de tragédie dans l'épopée de Murphy, avec une sur-présence de sa famille, là ou dans l'original, l'absence de celle-ci - le croyant justement mort -, imprimait un impact bien plus émotionnelle à l'intrigue.
Ici, Robocop est en perte totale de ses moyens, pleure souvent et tente de se reconstruire grâce à la symbolique familiale et à son rejeton... ok.

Et on passera également sur le fait qu'à la différence de Verhoeven qui offrait une critique acide de l'Amérique Reaganienne/post-Vietnam revancharde et totalement pourrie de l'intérieur, la version 2014 elle, dénuée de toute portée satirique et politique, se borne a offrir une vision futuriste complétement à l'ouest de l'aspect sombre de la société d'aujourd'hui, ne développement jamais les thèmes foutrement fumants qu'elle effleure : la sur-présence de l'armée américaine au Moyen-Orient et son ingérence totale, la mégacorporation de ses entreprises, sans oublier les dérives de son impérialisme ou encore de l'importance écrasante de la parole médiatique.

Assez fou quand on pense que le José Padilha était férocement agressif et burné dans le contenu de ses précédents longs, les deux bouillants Troupes d'Elite...


Côté casting, si Joel Kinnaman fait ce qu'il peut en héros sans le moindre charisme - Peter Weller a laissé une empreinte indélébile sur le personnage, au point qu'il est très (trop) difficile de passer derrière -, que Samuel L. Jackson est parfait dans la caricature du présentateur vedette d'un show ultra-partisan, et que Gary Oldman est impeccable de sincérité dans un rôle pas forcément évident (celui du docteur Dennett Norton, créateur de Robocop pour OmniCorp), pour le reste en revanche c'est la foire à la débandade, des causes de personnages mal approfondis et surtout mal scriptés.

La palme allant au pourtant précieux Jackie Earle Haley, en vilain loin d'être inquiétant ou même imposant et à mille lieux du foutrement génial Clarence Boddicker campé par le trop rare Kurtwood Smith.
Et que dire de l'inestimable Michael Keaton, loin d'être crédible dans la peau du ni vraiment méchant ni vraiment gentil du boss d'OmniCorp, qui aurait mérité n traitement plus fourbe - voir même limite absurde - comme ce fut le cas pour l'immense Ronny Cox en big boss d'OCP dans la première version.

Bref, à vouloir trop lisser son remake et à rendre le tout ultra conforme et politiquement correct pour un public cible cent fois plus large que l'opus original, le Padhila perd toute l'essence qui faisait le charme du film de Verhoeven : de la violence extrême pour mieux d'écrire une humanité corrompue, privatisée, consumériste et profondément perdue, en quête d'un héros, d'un messie de chair et de métal aussi sensible et torturé que déterminé, seul et unique espoir pour la sauver et la ramener vers le chemin de la raison et de la paix.

Quelques clin d’œils, la réhabilitation de l'armure d'origine au final et la reprise du thème imparable et unique de feu Basil Poledouris n'y feront rien, Robocop, si il peut se consommer comme un film d'action honorable dans l'état, n'a ni la force ni l'âme dramatique de la version de 1987, qui en son temps bouleversa les codes de l'actionner SF pour en créer de nouvelles, et qui, à l'instar du Terminator de James Cameron, redéfinissa totalement le genre et intronisa même au panthéon du culte un personnage emblématique de l'époque bénit des eighties.


Aseptisé, manquant de mordant, peu subtil, sans trop d'action finalement et un poil trop long, même si il est plus reboot que remake et qu'ils contient quelques bonnes idées loin d'être jetables, Robocop 2.0 ne peut prétendre à un statut plus élevé que celui de divertissement popcorn basique, regardable mais pas forcément recommandable, et encore moins inoubliable.

C'est que le Paulo doit quand même bien se marrer de là ou il est...


Jonathan Chevrier

John Chevrier

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