Anton Yelchin

[CRITIQUE] : Only Lovers Left Alive

 

Réalisateur : Jim Jarmusch
Acteurs : Tilda Swinton, Tom Hiddleston, Mia Wasikowska, Anton Yelchin, John Hurt,...
Distributeur : Le Pacte
Budget : -
Genre : Drame, Romance.
Nationalité : Français, Allemand Chypriote, Britannique.
Durée : 2h03min.

Synopsis :

Dans les villes romantiques et désolées que sont Détroit et Tanger, Adam, un musicien underground, profondément déprimé par la tournure qu’ont prise les activités humaines, retrouve Eve, son amante, une femme endurante et énigmatique. Leur histoire d’amour dure depuis plusieurs siècles, mais leur idylle débauchée est bientôt perturbée par l’arrivée de la petite sœur d’Eve, aussi extravagante qu’incontrôlable. Ces deux êtres en marge, sages mais fragiles, peuvent-ils continuer à survivre dans un monde moderne qui s’effondre autour d’eux ?



 Critique :

Le mythe du vampire revisité par la sauce unique du cinéma de Jim Jarmusch, inutile de dire que la nouvelle avait de quoi surprendre son monde, on ne pensait pas le cinéaste surfer sur la mode vampirique du moment, qui a plus desservis le septième art qu'autre chose ces dernières années, la faute aux Twilight, et prochainement Vampire Academy, entre autres.

Mais l'idée que le bonhomme renouvelle un tant soit peu le mythe avait son petit côté foutrement alléchant, et ce même si il n'a plus rien fait de bon depuis dix piges et le sublime Broken Flowers - l'un des plus beaux rôles de l'immense Bill Murray -, déjà de la compét en son temps, à Cannes.

Repartie bredouille et avec des avis assez mitigés de la dernière Croisette, le film débarque donc dans nos salles obscures pas loin de neuf mois de " retard ", de quoi atténuer un tant soit peu notre attente sur la chose, même si la bande annonce, salement immersive, avait fait son job pour contenter un minimum notre attente.

Même si il respecte scrupuleusement les codes clés du genre vampirique (la vie nocturne, la fuite du soleil, l'alimentation au sang et l'émoustillement générale à sa vue, le romantisme,...) tout en s'amusant à les détourner à sa guise, force est d'admettre qu'il n'est pas surprenant que les vampires de Jarmusch ne soient pas tout à fait comme les autres, vu la passion du bonhomme pour les êtres marginaux.



Narrant l'amour cristallisé dans l'éternité d'Adam et Eve (noms à connotation biblique volontairement choisis pour le coup), le cinéaste, à travers leur errance autour du monde qu'ils arpentent indéfiniment, se sert de leur immortalité pesante pour en faire deux dandys indifférent face au temps qui s'écoule et épris d'une fausse solitude - comme tout bon personnage chez Jarmusch -, mais surtout, il en fait deux grands observateurs impassibles de l’espèce humaine et de sa décadence au fil des millénaires.

Bien plus humains qu'ils ne le sont, les surnommant " les zombies ", ils en décortiquent la manie persistante de leur gout pour le chaos et ses conséquences sur le long terme, tout autant que leur insatisfaction et aveuglement face au génie - là ou les vampires puisent leur connaissance et leur distraction dans notre fibre créatrice -, le tout dans un humour à froid souvent sarcastiques et des références à la pop-culture joliment efficace.

La péloche pamphlet et acéré contre le monde du divertissement et son manque cruel d'ambition n'est donc jamais loin, le metteur en scène allant même jusqu'à pointer du doigt sa critique via des exemples frappants, que ce soit Adam, compositeur talentueux reclus dans l'anonymat, mais surtout Christopher Marlowe, dont l’œuvre pillée par Shakespeare, est condamné à l'invisibilité populaire.

Maitrisé, esthétiquement inattaquable et d'un minimalisme envoutant, magnifié par une ouverture absolument splendide (un vinyle tournant indéfiniment sur le visage de Eve), une ambiance poétique et mystique - que ce soit de par les décors surprenants ou une bande originale génial -, Only Lovers Left Alive se consomme comme le trip hypnotique et silencieux de deux suceurs de sangs qui prennent leur vitale dose d'hémoglobine.



Côté acting, Tilda Swinton y parait plus naturel et envoutante que jamais, tandis que Tom Hiddleston est purement brillant en amant portant tout le désespoir du monde sur ses épaules, les deux formant une union de vagabonds romantiques aux silhouettes fuyantes et intemporelles, se sentant seuls tout en étant furieusement ensemble.

On pourra certainement lui reprocher un manque de travail évident au niveau du scénario - il ne se passe rien dans la péloche, ou presque -, son absence de vrai sujet et surtout son côté foutrement poussif sur plus de deux heures de pellicules, mais l'intention du cinéaste était ailleurs que de débattre sur de grands sujets, bien plus proche du conte noir, œuvre fantasme sur ces êtres séduisants, époux et épouses du crépuscule éternel.

Pas le meilleur Jarmusch et encore moins le meilleur film du mois certes (quoique), mais indiscutablement l'un des premiers gros films planants, élégants et ensorcelants de 2014.

Et c'est déjà (vraiment) pas si mal...


Jonathan Chevrier


John Chevrier

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