Critiques

[CRITIQUE] : La Vénus à la Fourrure


Réalisateur : Roman Polanski
Acteurs : Matthieu Amalric et Emmanuelle Seigner.
Distributeur : Mars Distribution
Budget : -
Genre :  Comédie.
Nationalité : Français.
Durée : 1h33min.

Synopsis :
Seul dans un théâtre parisien après une journée passée à auditionner des comédiennes pour la pièce qu’il s’apprête à mettre en scène, Thomas se lamente au téléphone sur la piètre performance des candidates. Pas une n’a l’envergure requise pour tenir le rôle principal et il se prépare à partir lorsque Vanda surgit, véritable tourbillon d’énergie aussi débridée que délurée. Vanda incarne tout ce que Thomas déteste. Elle est vulgaire, écervelée, et ne reculerait devant rien pour obtenir le rôle. Mais un peu contraint et forcé, Thomas la laisse tenter sa chance et c’est avec stupéfaction qu’il voit Vanda se métamorphoser. Non seulement elle s’est procuré des accessoires et des costumes, mais elle comprend parfaitement le personnage (dont elle porte par ailleurs le prénom) et connaît toutes les répliques par cœur. Alors que l’« audition » se prolonge et redouble d’intensité, l’attraction de Thomas se mue en obsession…


Critique :

Beaucoup diront que l'excellent Roman Polanski n'est plus vraiment aussi inspiré et incisif que par le passé, surtout pour les fans inconditionnels de sa période faste des seventies.

D'autres, au contraire - comme moi -, pensent plutôt que le bonhomme est au sommet de sa forme, et qu'il épure son style depuis quelques péloches, avec une maitrise et une sérénité frisant tout simplement avec le génie.

Plus prolifique que jamais (trois films en quatre piges), le cinéaste qui a atteint cette année la jolie barre des quatre-vingt printemps (et oui, déjà !), continue de creuser avec une certaine jubilation le sillon entreprit depuis le précieux Carnage, via La Vénus à La Fourrure, adaptation d'une pièce de David Ives - elle-même adapté du roman éponyme signé Sacher-Masoch -, pavé érotique considéré comme l'un des récits (voir LE) fondateur du sado-masochisme.
Tout un programme quoi...

Nouvel outil pour lier avec délectation ses deux passions phares - le cinéma et le théâtre -, le nouveau Polanski reste, dans son approche, intimement lié à sa récente adaptation du roman de Yasmina Reza.
Minimaliste, même rapports tendus entre une poignée de personnages dans un huis-clos aussi ambigu que fiévreux, un prologue et un épilogue en extérieur mais surtout, une volonté identique de mener son spectateur par le bout du nez, dans un jeu de domination et de manipulation aussi destructeur que désopilant et jubilatoire.


Et si Carnage brillait par son intelligence et sa malice, force est d'admettre qu'avec La Venus à la Fourrure, Polanski prouve une nouvelle fois - et de la plus belle des manières -, qu'il est autant un incroyable monteur qu'un sublime scénariste et metteur en scène.

Particulièrement fluide et vive, la caméra du bonhomme ne cesse de se réinventer malgré des contraintes assez complexes (stricte unité de lieu et de temps, uniquement deux personnages à mettre en scène), et évite toute répétition avec une maestria non-feinte.
Se payant le luxe de ne jamais ressembler à du théâtre filmé (malgré que tout le film se déroule sur une scène de théâtre), la péloche est un exercice de style flamboyant, foutrement drôle et fantaisiste, qui multiplie les genres et les pistes qui n'en finiront jamais de s'entrecroiser.

Focaliser sur les rapports de domination dans la séduction - tout en se permettant de joliment égratigner le milieu avec ironie -, dont on ne peut jamais prédire à l'avance le dénouement, cette aventure au sein des apparences et des faux-semblants, aux dialogues hautement jouissif, sonne inéluctablement in fine, comme la bande la plus personnel du cinéaste.

Habile jeu de dupes ou l'on se retrouve avec ludisme, dans la caboche du dramaturge Thomas, Polanski fait de son héros un alter-égo à la ressemblance assez frappante (autant dans son allure que dans son aspect physique), pour y coucher sur pellicule tous ses doutes et angoisses de cinéaste, mais également pour offrir une formidable déclaration d'amour à sa muse de femme, Emmanuelle Seigner, qui n'est jamais aussi intéressante que devant la caméra de son mari.


Véritable muse qui se sublime dans la contradiction, filmé avec une certaine hargne par son homme (elle y est aussi belle que vulgaire, fine et maline que faussement idiote), elle offre au métrage une composition bluffante, tout en nuance, qui colle parfaitement avec l'interprétation cynique et fragile d'un Matthieu Amalric bien plus inspiré que sur le récent (et également de la compét' officielle à Cannes) Jimmy P.

Fascinant, riche, drôle, tendue sexuellement et joliment fantaisiste et bizarre, La Vénus à la Fourrure est d'une réussite exemplaire (magnifiée par le score omniprésent et classieux du génial Alexandre Desplat), et prouve que même à son âge avancé, Roman Polanski a encore beaucoup à dire et à donner aux cinéphiles que nous sommes.

Maitrisant le huis-clos comme personne, tout autant que la fusion des arts, le bonhomme fait de son exercice de manipulation l'un des films français les plus précieux et immanquables de l'année.

Ou comme à chaque fois ou il se décide de revenir ensoleiller nos salles obscures.


Jonathan Chevrier


John Chevrier

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