America Olivo

[CRITIQUE DVD] : Maniac


Réalisateur : Franck Khalfoun
Acteurs : Elijah Wood, Nora Arnezeder, America Olivo, Liane Balaban,,...
Distributeur : Warner Bros France
Budget : 6 000 000 $
Genre :  Thriller, Epouvante-Horreur.
Nationalité : Américain.
Durée : 1h29min.
Date de sortie en salles : 2 janvier 2013
Date de sortie en DVD/Blu-Ray : 03 juillet 2013

Synopsis :
Dans les rues qu'on croyait tranquilles, un tueur en série en quête de scalps se remet en chasse. Frank est le timide propriétaire d'une boutique de mannequins. Sa vie prend un nouveau tournant quand Anna, une jeune artiste, vient lui demander de l'aide pour sa nouvelle exposition. Alors que leurs liens se font plus forts, Frank commence à développer une véritable obsession pour la jeune fille. Au point de donner libre cours à une pulsion trop longtemps réfrénée - celle qui le pousse à traquer pour tuer.


 Critique :


Autant l'admettre tout de suite, cette idée de remake de l'une des œuvres les plus cultes des eighties, moi je n'en voulais absolument pas, parce qu'honnêtement comment peut-ont faire plus puissant, violent, crade et choquant que Maniac ?
On ne touche pas au culte et encore moins aux miens sinon je me transforme en cinéphile colérique et caractériel, à tendance capricieuse comme un morveux de six ans à qui ont a pas acheter le dernier jouet con à la mode.

Mais il faut comprendre ma crainte deux minutes, les remakes d’œuvres horrifiques culte ne donnent jamais ou presque, de bonnes choses et puis pour moi Maniac, c'est le chef d’œuvre d'horreur de mon enfance avec Les Griffes de la Nuit de Craven et The Thing de Carpenter (étant lui-même un remake mais ne cherches pas à m'embrouiller cher fan, là c'était un remake utile et maitrisé !), donc si tu y touches c'est que tu cherches vraiment les emmerdes avec moi.
Bon pour le coup là ce fut deux œuvres qui en ont pris sacrément dans la gueule ces dernières années (un remake/reboot foireux pour le premier, un prequel prometteur mais foireux également pour le second), donc normal que je montre les crocs quand on s'attaque à la péloche ultime de William Lustig, surtout quand ce sont les pros (accros) du remake, aka les frenchies Aja et Levasseur qui s'y colle.

Je n'ai rien contre eux, enfin rien quand je ne regarde pas leurs derniers états de services assez laborieux.
Perso j'ai bander comme un cochon sur les nerveux Haute Tension et La Coline à des Yeux, celui-ci transcendant même l'aura de l’œuvre original de Craven, mais en ce qui concerne Mirrors et Piranhas 3D (qui avait pourtant de quoi, niveau plastique, pour que mon chibre reste levé), c'était purement et simplement de la merde.
Dommage parce qu'au début, ils avaient compris que le secret d'un remake réussi c'est de savoir savamment mélangé ce qu'il faut du concept initial avec de bonnes idées pour le réinventer.
Alors les voir s'attacher à un énième remake, réalisé par leur poto Frank Khalfoun qui avait déjà signé pour eux le moyen P2, et produit par un Thomas Langmann bien plus habitué à produire de la prod populaire pour spectateurs peu regardant (genre le dernier Astérix), que de la pure bande subversive et gore, ça ne dit rien de bon.


Mais en même temps si je commence à m'arrêter sur toute l'encre qui a coulée à l'annonce des choix de la production (le casting d'Elijah Wood, la délocalisation de New-York à L.A, le petit côté " je surfe sur la mode " avec le found footage,...), on est pas arrivé non plus, et ce dit Maniac là je ne l'aurais jamais regardé.
Hors voilà, malgré mes nombreuses réticences je l'ai maté, déjà parce que Elijah Wood est de ces acteurs qui, quoiqu'on en dise, n'a pas l'habitude de tourner dans des merdes (et si jamais c'était le cas, ce fut toujours pour en relever un minimum le niveau), mais surtout parce que plusieurs critiques ce sont mises à le louanger comme si c'était la bande horrifique à ne manquer sous aucun prétexte.
Un fait assez imposant qu'il ne faut pas négliger, vu que la plupart des critiques (je ne te donne pas les blazes, pécho au hasard n'importe quel magazine ciné pompeux chez ton libraire et t'auras trouvé de qui je parle) sont du genre à bien chier leur diarrhée annuelle sur un film de genre (et surement sans même l'avoir vu).

Bref, remonté à bloc par une bande annonce non-censurée tripante et des critiques positives, le DVD enclenché dans le lecteur, je me pose sur mon fauteuil craintif mais plus confiant qu'au début, et avec la fière promesse que si ce remake est encore un remake d'horreur de merde comme Hollywood en a produit à la pelle durant les années 2000 (Hitcher, Les Griffes de la Nuit, Fog et Fright Night notamment, sentent encore fort la pisse), plus jamais on ne me prendra sur le fait d'en mater un de tout le reste de mon existence de cinéphile pur et dur...

Si Maniac a imprégné de sa marque le cinéma d'horreur depuis toutes ses années, outre par la puissance de l'interprétation inoubliable de Joe Spinell, c'est parce qu'à la différence de toutes les autres péloches du genre, le film prenait pour héros de son histoire le tueur lui-même.
Pas de flics qui mènent l'enquête, de témoins voir même de futures victimes, ici le héros fut l'unique auteur de toutes les atrocités de l'histoire (les commettant d'ailleurs à la pelle) et même si c'est assez difficile de le croire, ce fut la première fois que l'on avait vu ça.
Depuis la méthode a été reprise, et il serait même très difficile de comptabiliser tous les cinéastes ayant pillés le film pour leur propres œuvres durant ces trois dernières décennies, tellement ces fumiers sont nombreux.

Pour ceux qui n'ont jamais vu la version originale (honte à vous, et ce n'est pas des blagues !) dont le pitch est presque identique, l'histoire c'est donc celle de Frank Zito, un bonhomme solitaire qui est propriétaire d'une petite échoppe de mannequins à Los Angeles, qu'il a héritée de sa mère décédée.
Vivant seul et étant un peu malade (un peu on s'est compris), il passe toutes ses journées à restaurer ces femmes en plastique tout en luttant contre ses démons, qui lui viennent de son enfance.
Oui, parce que sa mère c'était un peu la reine des biatchs, elle était super possessive et abusive avec lui, du coup ça lui a laissé des séquelles et maintenant les gonzesses il les préfèrent mieux mortes que vivantes, c'est un choix tu me diras...
En bon tueur en série qui se respecte, il massacre des tas de femmes avant de les scalpées à l'indienne pour redonner vie à ses mannequins, histoire de se créer son propre univers perso quoi.


C'est space je l'admets, mais tout sera en passe de se bousculer dans sa tranquille vie de zigouilleur quand il fera la connaissance de la jolie Anna, une photographe spécialisée dans les clichés de mannequins, qui viendra frapper à sa porte pour lui demander son aide afin de préparer au mieux sa prochaine exposition.

Dés lors, il sera tiraillé entre son attirance pour elle (parce qu'elle l'est vraiment en plus la madame) et sa haine viscérale de la gent féminine, qui le fera de plus en plus basculer vers le côté obscure de la force...

Si je n'ai jamais eu la chance d'avoir pu découvrir le film de William Lustig dans une salle obscure (seulement en VHS puis en DVD), l'impact qu'il a eu via une simple petite télévision sur le jeune spectateur que j'étais, fut incroyablement violent et choquant.
Plus de quinze ans plus tard, le remake chapeauté par le trio Aja/Levasseur/Khalfoun je dois l'admettre, m'aura fait presque, voir même tout autant, aussi mal.
Sincèrement, j'en aurais vu des remakes défilés devant ma rétine de cinéphile exigeant mais des comme celui-là pas beaucoup, c'est simple mis à part The Thing, Scarface, King Kong, Les Infiltrés, True Lies, Ocean's Eleven et La Colline à des Yeux, je n'en vois pas beaucoup de mieux.

Si Aja avait perdu son mojo depuis La Colline, faut croire que le lascar l'a bien retrouvé ici, car même si il n'est crédité qu'en tant que co-scénariste et co-producteur, son aura intelligente berce tout le métrage.
L'idée maline du projet aura bel et bien été de ne pas jouer sur le même registre que l’œuvre culte de Lustig, car jouer sur le même terrain de jeu d'une péloche aussi culte n'aurait pu que le desservir, là ils ont su prendre toute l'essence du film tout en comblant la majeur partie de ses défauts, non sans quelques maladresses il est vrai mais avec une volonté de bien faire tellement communicative que le résultat final n'en sera que grandit.
Faire une Vraie relecture plus qu'un vulgaire copier/coller voilà leur vraie intention première, et si Maniac faisait mal, sa version 2012 elle fait vraiment très, très mal.

Si l'on quitte les rues crados de New-York, c'est pour celles encore plus imposante d'un L.A sombre et urbain, mixe entre les deux caméras d'Abel Ferrara et de Nicolas Winding Refn.
Si l'on passe de la masse bestial et terrifiante de Joe Spinell au plus frêle Elijah Wood, c'est pour mieux se détacher de l'original, de jouer sur le terrain de l'empathie pour mieux s'attacher à cet anti-héros pathétique, bien plus profond et psychologiquement détaillé que le Zito d'origine, qui apparait plus ici en victime que bourreau.

Si l'on passe d'une vue normale à celle subjective, c'est pour rendre cette plongée en enfer plus immersive, plus anxiogène, plus emprisonnée.


Parce qu'il est bien là le vrai bon coup de ce remake, la volonté du trio de tourner quasiment ou presque, l'intégralité du film en caméra subjective, obligeant ainsi le spectateur contre sa volonté, à être un peu plus que le témoin des atrocités commises par Zito.
Grâce à cette vision dans son champs de vision (!), on ne fait plus que de le voir tuer, on s'identifie à ce qu'il vit, on se retrouve à sa place et l'on est plongé dans son esprit malade. 
Ses meurtres n'en seront que plus intenses et insoutenables, car le gore a beau être merveilleusement présent (rares sont les péloches qui savent correctement le distillé), c'est clairement l'expérience extra-corporelle qui rend le plus mal à l'aise.
Seul quelques instants de répits seront " offerts " aux spectateurs, durant les flashbacks et les moments de fantasmes qu'aura Frank à propos d'Anna. 


Franchement pervers et violent (aucun scalpe n'est fait hors champs), plus immersif (rendant ainsi l'impact graphique encore plus imposant et spectaculaire), plus rythmé (les quatre-vingt dix minutes se passent à une vitesse folle) et plus crédible (la psychologie générale est renforcée, et la relation entre Anna et Frank fonctionne bien mieux ici dans le sens ou leur passion commune rend plus crédible leur attirance) que l'original, Maniac 2012 s'ampute malheureusement parfois de quelques flashbacks assez mal amenés pour la plupart, coupant le côté viscéral de l'ensemble.
Les fans quand à eux regretteront peut-être (ou pas) que certaines scènes clés (notamment celle du " cache-cache " dans les toilettes, ou de la mort explosive du culte Tom Savini) de l'original n'auront pas été reprises.

En dehors de ces légers défauts (j'oublie pas non plus quelques impressions de flous parfois), le trio s'en sort clairement avec les honneurs, rendant un sublime hommage respectueux et référentiel, en premier lieu à la péloche de Lustig (via plusieurs clins d’œils, notamment dans une scène de meurtre le bas de la silhouette de Zito, tenant le scalpe d’une de ses victimes dans la main gauche et un couteau dans celle droite, se reflète dans la carrosserie d’une voiture, plan faisant directement référence à l’affiche du film), mais également aux eighties (via une putain de bande originale et une putain de photographie) et à tout un pan du cinéma de genre, le Giallo cher à Dario Argento (les scènes de meurtres très violentes et sanglantes, le traumatisme lié à l'enfance, la musique classique...).

Malgré la contrainte qu'incarne le procédé subjective, Elijah Wood nous prouve une fois de plus si besoin en est, qu'il est capable d'être un immense performeur sur grand écran, et ce même si ces récents choix ne plaident pas vraiment en sa faveur.
Si sa participation avait fait peur à beaucoup de monde dés le départ, c'était sans penser qu'il avait déjà jouer les tueurs psychotiques violent et flippant (et cannibale !) pour Robert Rodriguez et Frank Miller dans l'excellent Sin City, il y a sept ans.

Pathétique, terrifiant, impliqué comme jamais même en étant clairement en retrait (au final, on ne le voit que très peu, souvent via des reflets), l'interprète du culte Frodon est tout simplement hallucinant de crédibilité (malgré son visage d'ange, il a une face obscure d'une incroyable noirceur), donnant de la consistance à un personnage qui se trouve à mille lieu de l'interprétation tout aussi hallucinante (mais pas forcément pour les mêmes raisons) du regretté Joe Spinell.  A ses côtés, la jolie frenchy Nora Arnezeder continue son sympathique petit bonhomme de chemin à Hollywood, après un passage remarqué dans le musclé et solide Sécurité Rapprochée, la voici ici dans la peau du love interest du héros, la séduisante photographe Anna, rôle qui au final fut loin d'être aisé vu qu'elle aura toujours été en relation direct avec la caméra.


Au final, ce Maniac version 2012 c'est un peu comme ma première bonne surprise de l'année dans le cinéma de genre, je ne m'attendais pas à ce qu'il incarne un aussi sympathique rendez-vous du bon gout, et surtout je ne m'attendais pas à voir à ce niveau-là Aja et ses acolytes, après de multiples déceptions venant de leur part.

Je n'avais pas eu de claques aussi violentes dans l'horreur en salles depuis Saw et La Colline à des Yeux, si Aja veut encore se la jouer remakeur de classique, je la jouerais clairement moins douteux à l'avenir.
J'en viens même déjà à m'en vouloir d'avoir douter de lui et de sa plume durant tous ses longs mois de production, sorry man, promis ton Horns va trusté très haut dans mon agenda des sorties à suivre en 2013.

Sublime descente en enfer dans la psyché d'un tueur en série torturée, qui cherche pourtant à trouver la rédemption dans l'amour, entre le Norman Bates de Psychose et le fameux Dexter Morgan, Frank Zito version Khalfoun a tout pour avoir lui aussi sa place au panthéon des anti-héros aux virées meurtrières du septième art.

Réussie, fascinant, intelligent, jouissif, le film ne surpasse pas l’œuvre de laquelle il s'inspire, mais il évite le rapport de force et de comparaison avec elle, en lui offrant une relecture tout aussi légitime et choquante, et à l'impact autant imposant.

William Lustig peut dormir sur ses deux oreilles, le film n'a pas du tout entaché sa péloche bien au contraire, il lui a au contraire fait un bien fou.
Si tous les remakes pouvaient être comme ça, surement qu'on aurait de moins en moins envie de cracher aux visages des producteurs Hollywoodiens de plus en plus en mal d'idées fraiches...



Jonathan Chevrier

John Chevrier

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