Asa Butterfield

[CRITIQUE DVD] : Lincoln

   
Réalisateur : Steven Spielberg
Acteurs : Daniel Day-Lewis, Tommy Lee Jones, Sally Field, David Strathaim, Joseph Gordon-Levitt, Lee Pace, James Spader, Jackie Earle Haley, Tim Blake Nelson, Asa Butterfield,...
Distributeur : 20th Century Fox
Budget : 65 000 000 $
Genre :  Historique.
Nationalité : Américain et Indien.
Durée : 2h30min.
Date de sortie en salles : 30 janvier 2013
Date de sortie en DVD/Blu-Ray : 5 juin 2013

Synopsis :

Les derniers mois tumultueux du mandat du 16e Président des États-Unis. Dans une nation déchirée par la guerre civile et secouée par le vent du changement, Abraham Lincoln met tout en œuvre pour résoudre le conflit, unifier le pays et abolir l'esclavage. Cet homme doté d'une détermination et d'un courage moral exceptionnels va devoir faire des choix qui bouleverseront le destin des générations à venir.



Critique :

Plus d'une décennie, voilà le temps plus que long qu'il aura fallu au plus lunaire et enfantin des magiciens conteurs de rêves d'Hollywood pour mettre en image une partie de l'histoire de l'une des figures les plus importantes de son enfance mais surtout de la chère patrie de l'Oncle Sam, j'ai nommé le légendaire Républicain Abraham Lincoln.

Dix piges de galères, jonchés de chamboulements scénaristiques, de valses de scénaristes, de difficultés à trouver des fonds (en une décennie, la crise n'a d'ailleurs fait que s'aggraver) et même de pertes d'acteur principal (refus de Daniel Day Lewis, puis désistement de Liam Neeson, à la carrure parfaite mais qui se trouvait trop vieux pour le rôle, préférant aller abolir l'existence des loups et des Albanais un peu partout sur le globe, plutôt que l'esclavage), pour en arriver donc en 2013 (en fait 2012, vu qu'il est sorti le 30 novembre dernier aux states, vive les joies de la distributions françaises...) et à ce Lincoln, pur produit Spielbergien en puissance, opus historique dans la droite lignée magnifique de ces monumentaux La Liste de Schindler, Il faut sauver le soldat Ryan ou encore Munich, ou il faisait coïncider avec merveille humanité et spectaculaire.

Surfant sur deux des phénomènes de mode les plus salués du moment, le biopic ciblé dans le temps (comme Hitchcock) et l'attaque frontale sur le passé esclavagiste ricain (comme Django Unchained), le métrage se pose (et s'impose) donc là comme un potentiel brillant hommage du plus grand politicien des États-Unis, tout autant qu'un putain d'aimant à oscars et à critiques élogieuses.

Soit en gros une belle et putain de récompense (et de revanche) pour un cinéaste sacrément bouder depuis quelques années par tout le business et ses propres fidèles, des causes des flops pas toujours justifiés outre-Atlantique, des Aventures de Tintin : Le Secret de la Licorne, de Cheval de Guerre mais surtout d'Indiana Jones et le Royaume du Crâne de Cristal (bon là si, les mauvaises langues avaient du matos à charrier avec celui-là), divisant tout autant qu'ils ont eu du mal (sauf Indy, un comble !) à être rentable.


Tellement tâche sur sa filmo qu'il aura depuis bien du mal à monter un projet sous son propre nom et sa propre aura, la preuve avec Lincoln (fruit d'un deal financier exceptionnel entre Disney, Fox, Dreamworks et Participant Media), mais surtout avec Robocalypse, qui avait tout pour être une immense fresque SF futuriste (avec déjà Chris Hemsworth, Anne Hathaway et Ben Whislaw au casting !) aussi puissante que ses Minority Report et La Guerre des Mondes, finalement renvoyé indéfiniment au fin fond d'un tiroir des locaux de la Fox, beaucoup trop frileuse pour financer le projet.
On ne parle pourtant que de 200 millions de dollars (voir 250), là ou on a récemment pas eu la frousse de frôler les 300 avec Transformers 3, dont le quatrième opus devrait suivre le même exemple.

A croire que tout le monde à trop vite oublier ce que Spielby a donné au septième art (et aux comptes en banque des grosses pontes) depuis près de quatre décennies maintenant, faut croire que même à Hollywood, les rois ne sont plus à l'abri...
Pondu dans la douleur, Lincoln se veut donc biopic façon autoportrait précis sur les quatre derniers mois d'existence du légendaire seizième président, briguant son second mandat dans le Washington D.C. de 1865 1865, et sur sa grande bataille pour modifier la constitution américaine par le vote et l'adoption du treizième amendement par la Chambre des Représentants, visant à abolir l'esclavage, de mettre fin à la guerre de Sécession qui déchire de plus en plus le pays, et par le même coup l’inhumanité générale du peuple ricain.

Quatre mois rien de plus rien de moins, le cinéaste et son talentueux scénariste Tony Kushner ne sachant que trop bien qu'un biopic sur toute la vie du bonhomme n'aurait été qu'une entreprise des plus casse-gueule, déjà que celle-ci était pas mal glissante en son genre.
Glissante car elle ne contient aucun artifice spectaculaire, juste une pléthore de longues et passionnantes scènes dialoguées, un vrai défi en soit à une époque ou la majeure partie des spectateurs ne se bouge en salles que pour mater de l'actionner décérébré (je l'admets, j'en fais également parti).

Mais ne pas croire le Steven capable de relever un tel pari est définitivement mal le connaitre, car si tout le monde ne craignait de voir là qu'un lourd et long enchainement de blablas politiques aussi efficace qu'une " somnifère party " devant BFM TV, la bande est à des années lumières de ce constat, mieux même elle est tout simplement une fascinante et enrichissante leçon d'histoire nécessaire, incarnant haut la main l'un des biopics les plus réussis et imposants de l'histoire.


Tout ici n'est que discours enflammés et finement scripté dans une restitution parfaite du Washington de l'époque, et même si il est parfois difficile de tout suivre sans être un minimum perdu (la longueur des scènes n'aidant pas toujours à la compréhension mais bon), la bande gagne considérablement en intérêt à mesure que la lutte verbale et engagée de Lincoln, commence peu à peu à entrer dans les esprits et à changer les pensées de politiciens fortement divisés.
Misant sur les joutes oratoires plus que les champs de batailles, Lincoln est un brillant suspens ultra-tendu, aux enjeux réalistes et riche de pensées et d’enseignements sur une Amérique du dix-neuvième siècle tout aussi patriotique que manipulatrice, fervente qu'hésitante face à la paix et au changement.

Sage, Spielberg l'aura définitivement été, que ce soit dans son parti prit scénaristique ou sa mise en scène, tout en sobriété et en maitrise, laissant la part belle à son héros dont le statut d'homme d'exception est difficilement critiquable.

Car un grand homme avec un big H, le Abe Lincoln l'aura été, et pas seulement de la manière dont Timur Bekmanbetov aura essayer de nous le faire comprendre l'été dernier avec son Chasseur de Vampires, qui même fantastique et purement inventé, aura salement chier sur l'aura mystique du bonhomme (et sur la carrière de plusieurs talents impliqués dans la production désastreuse, également).

De tout le métrage, il n'est pas armé d'une hache et d'eau bénite mais de son immense charisme et de son débit verbal incroyable, et il ne boute pas du suceur de sang mais du politicard raciste et réfractaire aux égalités des droits de l'homme, pas plus simple donc.
Mais le Linc est un politicien remarquable et un stratège de haut vol toujours à l'écoute de ces citoyens, et c'est ce que le réal de E.T cherchera à montrer durant toute la durée de la péloche, comment cet homme déterminé, courageux et d’une grande sagesse, est parvenu à accéder au rang de mythe mérité, au fil des années et de l'histoire, tout en ayant les mêmes problèmes que ses contemporains.
Car oui, derrière la figure iconique se cachait un homme comme les autres, pétrit de faiblesses et à l'existence tumultueuse.


Certes il était doté d'un pouvoir de conviction et de conteur d'histoires hors du commun, mais il était surtout dans ses derniers jours, déchiré tout autant par la guerre civile et les désaccords d'avec ces représentants (l'obligeant à contredire ses idéaux les plus profonds pour parvenir à ses fins), que par une vie privée difficile et conflictuelle, pièce maitresse d'une famille endeuillée composée de sa femme Mary Todd, aussi forte tête et dépensière que dépressive (elle ne s'est jamais remise de la mort d'un de ses fils), ainsi que de ses deux fils, l'ainé de 21 ans, Robert, étudiant à Harvard et décidé coute que coute à prendre part à la guerre sans même se soucier du consentement paternelle, et le plus jeune Ted, symbole vivant de tout l'amour que peut retenir le cœur du Abe.

Et c'est bien par le prisme d'un Lincoln toujours sage, calme et tempéré mais infiniment puissant et touchant, que se puise toute la force du métrage, porté par un Daniel Day-Lewis touchant et humain, qui ne fait pas seulement qu'incarner le rôle-titre, il le vit purement et simplement, le Linc c'est bien lui pendant deux heures et demie.
Tout simplement au sommet de son art, il touche du doigt (et même de la main tiens) la perfection en ressuscitant littéralement Abe Lincoln, épousant sa moralité tout autant que ses contradictions, personnifiant comme personne auparavant sa voix, son langage corporelle, son physique, il livre une performance tout en nuance et en intériorité émotive, qui ne peut que forcer un immense respect.

Il aurait été difficile d'attendre mieux d'un acteur toujours impliqué dans ce qu'il fait, mais tout de même la surprise reste très grande quand au jeu du bonhomme, définitivement le meilleur performeur toute catégorie encore en activité, et son troisième oscar glané grâce à son immense performance, il ne l'aura, une nouvelle fois, clairement pas voler.
Derrière il en fallait dans le ventre pour lui donner la réplique et essayer de côtoyer sa grandeur, Spielby le sait et c'est pour cela qu'il a intelligemment convoqué l'immense Tommy Lee Jones, ici sensationnel (il n'a pas voler sa nomin à l’oscar) pour incarner l'important Thaddeus Stevens député Républicain abolitionniste et égalitariste, à la perruque certes à chier mais au franc-parler à la férocité sans égal.


Un homme remarquable au secret personnel magnifique, qui sera un allié de poids pour le président face à ses opposants et notamment face au Démocrate Fernando Wood, incarné par le trop mésestimé Lee Pace (tous les fans de l'inestimable série Pushing Daisies auront reconnu en lui le touchant Ned !), pro guerre civile.

Côté proche du héros, difficile de ne pas noter les sublimes performances de la trop rare sur grand écran Sally Field (elle non plus n'a pas volé sa nomination aux prochains oscars), en Mary Todd, de Joseph Gordon-Levitt (décidément partout en ce moment et ce n'est Vraiment pas plus mal) dans la peau du fils ainé Richard, mais également David Strathairn, incarnant tout en subtilité et en finesse fidèle secrétaire d’État de Lincoln, William Henry Seward.

Intelligent, humain, captivant, sobre, au ton sérieux mais ponctué de quelques pointes d’humour salvatrices, Lincoln est définitivement une œuvre impressionnante, la plus définitive et imposante de Spielby depuis La Guerre des Mondes.

Le papa de E.T aura eu toute l'intelligence et l'habileté de ne pas replonger dans les travers de son désincarné et longuet Amistad, pour livrer son hommage purement brillant à l'une des ses plus fières idoles, encore une fois il est vrai bien aidé par la partition tout en justesse, entrainante et discrète quand il le faut de son meilleur allié depuis des lustres, l'irremplaçable John Williams.

Si ces deux heures et demie de démonstration sur les derniers accomplissements d'un conteur poétique et déterminé, fait incroyablement écho avec la personnalité du metteur en scène (dans un sens, lui aussi il a continuellement chercher à changer le monde avec sa caméra), difficile quand même de ne pas trouver purement injuste qu'après les non-nominations de Ben Affleck et Quentin Tarantino, le bonhomme ne soit pas récompensé à sa juste valeur pour son boulot aux oscars (Ang Lee lui a piqué la statuette on ne sait encore comment, pour L'Odyssée de Pi), même si dés le départ son film est véhicule de la mention pas toujours aidante de " péloche à oscars ".


Pas besoin d'être un ricain patriotique pour gouter aux joies de cette œuvre politique et humaine aussi indispensable à tout cinéphile un minimum que l'est son metteur en scène au septième art.

En attendant son American Sniper pour l'an prochain avec Bradley Cooper, on va donc ronger notre déception en attendant la suite et mater en boucle ce dernier cadeau sur pellicule offerte par l'un des plus grands cinéastes de l'histoire du cinéma.

Encore merci Mr Spielberg, et à très vite j'espère.


Jonathan Chevrier

John Chevrier

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