Critiques

[CRITIQUE] : Only God Forgives



Réalisateur : Nicolas Winding Refn
Acteurs : Ryan Gosling, Kristin Scott Thomas, Vithaya Pansringarm, Ratha Pongham,...
Distributeur : Wild Side Films / Le Pacte
Budget : 4 800 000 $
Genre : Drame, Thriller.
Nationalité : Français et Danois.
Durée : 1h30min.

Synopsis : À Bangkok, Julian, qui a fui la justice américaine, dirige un club de boxe thaïlandaise servant de couverture à son trafic de drogue.
Sa mère, chef d’une vaste organisation criminelle, débarque des États-Unis afin de rapatrier le corps de son fils préféré, Billy : le frère de Julian vient en effet de se faire tuer pour avoir sauvagement massacré une jeune prostituée. Ivre de rage et de vengeance, elle exige de Julian la tête des meurtriers.
Julian devra alors affronter Chang, un étrange policier à la retraite, adulé par les autres flics…


Critique : 

Dire que le film était attendu sur la Croisette et dans les salles comme le messie qui allait mettre une claque à toute la concurrence, comme ce fut le cas avec le précédent long du duo, Drive, n'est qu'un doux euphémisme, tant le cinéaste nous drague salement depuis quelques semaines, à coups de trailers à l'ambiance tellement alléchante que rien que l'idée même de mirer la péloche paraissait déjà purement indécente.

Du Refn tout craché, qui te fait baver dés l'entrée avant même de t'amener le plat de résistance.
Difficile donc de ne pas avoir grandement espéré recevoir une lourde et grosse mandale en pleine tronche une fois son popotin confortablement assis sur son fauteuil, mandale qui, après la vision du métrage terminée et digérée, aura plus des fausses allures de claquettes à te déchausser une dent plutôt qu'à t'en fracasser tout le râtelier...

Attention, il ne faut pas comprendre là que le film est mauvais, comme se borne à le répéter toute la critique bien pensante qui caractérise nos torchons nationaux, frustrée de ne pas avoir pu se tripoter sur un néo-Drive romantico-pop et à la violence " regardable ".


Certes Only God Forgives est loin, bien loin d'incarner une œuvre définitive tant on se demande même comment la rigueur du cinéaste (pas connu pour autant comme un faiseur de script complexe) a pu laisser filtrer un scénar aussi brinquebalant et minimaliste que creux et prévisible, melting-pot plein de grumeaux de tout ce qui a pu faire la saveur de son cinéma depuis plus d'une quinzaine d'années maintenant.
Mais via une esthétique absolument inattaquable, souvent fétichiste et criante, Refn déballe ainsi durant plus d'une heure et demie, tout son savoir faire dépouillée et séduisant, citant autant la furie de son Bronson, la lenteur Lynchienne des travellings de son Inside Job, la violence frontale de ses Pusher et même l'ambiance hypnotique et métaphysique de son Guerrier Silencieux.

Dans une Thaïlande fantasmatique, toujours ou presque, filmée de nuit pour en montrer tout le vice qui l'empoisonne, Winding Refn magnifie chacun de ses plans comme un peintre magnifierait sa toile d'une radicalité ultra-stylisée, tout en s'appuyant sur une quasi-absence de dialogue parfois pesante (il faut admettre que trop de silence tue le silence).

Lourd, fiévreux, lancinant, la bande déroute tout autant qu'elle séduit tout spectateur à même d'accepter l'invitation qu'elle incarne, un trip aux douces saveurs de descentes aux enfers comme seul Gaspard Noé saurait le faire (son ombre, tout comme celle de David Lynch d'ailleurs, planant grandement sur l'aura du métrage).


Prenant pour toile de fond le film de bastons cher aux amateurs de séries B burnés, le cinéaste démystifie complétement l'image même du héros contemporain (là ou au contraire, Drive iconisait complétement le mythe du super-héros), en lui faisant perdre tous ses combats pour le montrer faible, impuissant, complexé par une mère aussi castratrice qu'imposante.
Dans le rôle du frère et de l'enfant indigne, Ryan Gosling en masochiste consentant, en prend plein la gueule, aussi symboliquement que physiquement, et si beaucoup lui reprocheront son sempiternelle regard de chien battu, difficile de ne pas admettre qu'ici il fait des merveilles tant la tristesse et la frustration immense qui caractérise son personnage, en avait cruellement besoin.

Comme à chaque passage du colosse Mads Mikkelsen sous la caméra du Nicolas, le Ryan en sort infiniment grandit.

A ses côtés, Kristin Scott Thomas casse littéralement son image classieuse en incarnant une matriarche biatch dans toute sa splendeur, l'image la plus diabolique du métrage, s'amusant continuellement à humilié son marmot qu'elle considère beaucoup trop faible (ce qui est le cas) pour perpétuer le business familiale.

Elle est capable du pire et excelle dans l'hystérie sans nom de sa folie vengeresse, qui se trouvera pourtant très vite face à un adversaire à sa mesure, incarné par la révélation du métrage, le fascinant Vithaya Pansringarm, flic/justicier/juge/bourreau implacable qui se dresse comme le bras vengeur de la justice, s'octroyant le droit de protéger, mais surtout de punir quiconque laisse le crime gangrené son pays. 


Proche de l'archi-posture, un peu froid et désincarné face à un mutisme, une violence bouillante, un complexe œdipien constant et un manque cruelle de romantisme, mais également jouissivement étouffant, gore et extrême (plus d'une scène est à la limite de l'insoutenable), Only God est définitivement une putain d'expérience à part, un feux d'artifices sophistiqué et au ralentit qui se trouve tout autant magnifié qu'enfermé par sa radicalité, la faute à une trop grande volonté, peut-être, de la part de Winding Refn de se démarquer du produit purement mainstream et populaire de son précédent long.

Alors oui, le film, punk, raffiné et trash à souhait, est a l'opposé de Drive (c'est qu'il faut toujours le répéter au cas ou des cons viendrait encore s'en plaindre malgré les multiples mises en gardes balancées durant sa promo), et oui le réalisateur nous a un peu eu avec ses promesses de série B arty et burné (perso je m'attendais à le voir reprendre le monde ultra-codifié du film de combats pour en faire un Kickboxer sous acide, mais bon en même temps, Gosling n'est pas Van Damme hein...), mais peut-on franchement lui reprocher d'avoir essayer de taper un petit peu plus haut que son postulat de départ ?

Définitivement non, son brulot n'est pas le plus beau des brulots, mais un Refn moyen reste un Refn, soit un film bien au-dessus du lot de toute la production actuelle, et tous les esprits butés qui se borne à l'assassiner sur la place publique, dormiraient bien moins con ce soir en se rappelant cette vérité.



Jonathan Chevrier


John Chevrier

0 commentaires:

Enregistrer un commentaire

Fourni par Blogger.