Adelaide Clemens

[CRITIQUE] : Gatsby le Magnifique



Réalisateur : Baz Lurhman
Acteurs : Leonardo DiCaprio, Carey Mulligan, Tobey Maguire, Joel Edgerton, Isla Fisher, Adelaide Clemens, Jason Clarke, Amitabh Bachchan,...
Distributeur : Warner Bros France
Budget : 125 000 000 €
Genre : Drame, Romance .
Nationalité : Américain et Australien.
Durée : 2h22min.

Synopsis : Printemps 1922. L'époque est propice au relâchement des mœurs, à l'essor du jazz et à l'enrichissement des contrebandiers d'alcool… Apprenti écrivain, Nick Carraway quitte la région du Middle-West pour s'installer à New York. Voulant sa part du rêve américain, il vit désormais entouré d'un mystérieux millionnaire, Jay Gatsby, qui s'étourdit en fêtes mondaines, et de sa cousine Daisy et de son mari volage, Tom Buchanan, issu de sang noble. C'est ainsi que Nick se retrouve au cœur du monde fascinant des milliardaires, de leurs illusions, de leurs amours et de leurs mensonges. Témoin privilégié de son temps, il se met à écrire une histoire où se mêlent des amours impossibles, des rêves d'absolu et des tragédies ravageuses et, chemin faisant, nous tend un miroir où se reflètent notre époque moderne et ses combats.


Critique :

The Great Gatsby de F. Scott Fitzgerald, est mon livre de chevet depuis mes douze printemps, autant dire donc sans la moindre fausse prétention, que je connais celui-ci sur le bout des doigts mais surtout, que pour une quelconque adaptation que ce soit sur le petit ou le grand écran, je me résous d'avance a être potentiellement déçu, vu l'infini richesse dont regorge l’œuvre pilier de la littérature américaine.

Non pas que je n'avais pas confiance d'entrée en Baz Lurhman et surtout en Leonardo DiCaprio, là n'est pas la question, les deux (enfin surtout le second) ont su prouver leur valeur au fil des ans à tous les cinéphiles endurcis, mais force d'admettre que si il existe bien une catégorie d’œuvre absolument impossible à adapter, Gatsby en est indubitablement son fer de lance.

Quoiqu'il en soit, le premier gage de qualité pour tout fan du roman avant même de visionner le métrage, c'est de savoir que le Leo incarne Jay Gatsby, car plus qu'un Robert Redford en son temps, j'insiste et je maintiendrais toujours  que seul le héros de Titanic pouvait coller au plus près du charisme et de la détresse intérieur du héros, tous deux forçant une admiration sans borne de leur spectateur dans leur domaine.



Partant pour le coup un minimum conquis, la vraie peur qui envahis tout fan est que le Lurhman, capable du très bon (Roméo + Juliette, Moulin Rouge) comme du très vilain (Australia), dépeigne avec une telle exubérance créatrice hors norme dont lui seul a le secret, la folie des années 20 justement surnommées " années folles ", et qu'il laisse de ce fait de côté le romantisme incroyablement émouvant d'une union impossible et la critique impitoyable du capitalisme et de sa lutte des classes qui font LA valeur ajoutée de la plume unique de Fitzgerald.
Après vision, si visuellement le metteur en scène Australien a parfaitement capter l'essence même visuelle de ce que dégage cette période bouillonnante follement kitsch et démesurée de l'histoire américaine, et qu'il filme comme personne la passion puissante mais auto-destructrice qui lit Gatsby et l'amour de sa vie Daisy Buchanan, pour le reste par contre on repassera, tant le discours social pue la suffisance et le matérialisme des ultra privilégiés, et ne dénonce en rien les excès des parvenues dans une société en complète mutation, qu'il s'active pourtant a sublimement mettre en image.

Out la critique pointilleuse ainsi que le fond historico-social donc, qui faisait le piment acide du roman, pour se focaliser uniquement sur le gros morceau du pavé littéraire, la bouleversante histoire d'amour impossible entre deux êtres torturées par la certitude qu'ils ne pourront jamais être ensemble, mais qui s'entête à vivre un rêve éveillé qui brusquement sombrera dans un cauchemar sans nom (l'accident final est qui plus est bien visible cette fois, rendant encore plus émouvante cette tragédie).

Qu'on se le dise, outre l'orgie visuelle et sonore constante dans ses longs métrages, le vrai thème du cinéma du Lurhman depuis ses débuts est la fascination qu'il a pour les histoires d'amour impossibles entre deux êtres issus de milieux différents.



Plus que quiconque auparavant, et clairement bien plus que John Clayton dans son adaptation de 1974 avec le couple Farrow/Redford en rôle titre, le Baz magnifie la romance entre l'arriviste qui s'est fait tout seul au point de devenir l'un des hommes les plus riches (et solitaires malgré ses fêtes orgiastiques, qu'il ne réalise justement que pour avoir une chance de revoir sa bien aimée) du pays, et la beauté aux cheveux comme le blé et fragile, née avec une cuillère d'or dans la bouche et mariée depuis cinq ans à un homme tout aussi riche, et qui n'hésite pas qui plus est à la trompée.

Dés qu'ils se retrouvent, après cinq ans de séparation, chez un Gatsby ruisselant de pluie tandis que sa belle frémis à l'idée de voir de ses yeux, son amour qu'elle pensait perdu, le réalisateur arrive à nous transporter sans difficulté dans ce qui reste à ce jour, l'une des plus belles loves stories de l'histoire du septième art.
Entre joies, émotions, douceur, rires, humour et larmes (tous les moments magnifiques du roman sont ici identifiables au point d'en avoir des frissons à leur vision), l'australien offre tout simplement à Leonardo DiCaprio l'un de ses plus grands rôles, et il en est de même pour la belle Carey Mulligan et les non-moins séduisant Tobey Maguire et Joel Edgerton.

Le Léo, dont on se demande bien si un jour il fera un faux pas tant sa filmographie regorge d'interprétations cinq étoiles, force une nouvelle fois l'admiration en incarnant un Gatsby merveilleusement mélancolique, obsédé à l'idée de pouvoir revivre un passé pourtant révolu.
Plus juvénile que jamais, il forme un couple parfait avec la sublime Carey, qui si la plupart de la gente masculine l'avait remarqué dans Drive, risque ici de tout simplement succombé à son charme.


Douce, fragile, touchante et lâche à la fois, elle est une Daisy torturé par le dilemme de sa position, mariée à un Tom Buchanan incarné avec rage par un Joel Edgerton qui sait parfaitement se rendre détestable (une facette définitivement original dans sa filmo) en mari cocufié mais plus que volage.

Quand à lui, Tobey Maguire, qui retrouve enfin son pote Léo dans un projet d'envergure, incarne un Nick Carraway (l'alter ego de Fitzgerald dans le roman) juste, apportant via une voix-off rudement bien pensé (certes parfois un peu envahissante), une double lecture/témoignage au récit, même si il reste bien loin de l'image parfois détestable de son personnage dans le roman d'origine.

Grandiose, pétant à la bouche tel un succulent bonbon acidulé via une mise en scène fantaisiste haute en couleurs (mais manquant souvent de sobriété), une 3D remarquable (la meilleure jamais vue depuis Avatar et dans une moindre mesure, L'Etrange Pouvoir de Norman) et une B.O démente, alliance aux petits oignons de sonorités modernes et d'époque (et dont il vous sera difficile de ne pas faire tourner en boucle dans vos oreilles après votre sortie en salles), Gatsby, à défaut d'être une histoire pleinement fidèle a son original sur le papier, incarne une bande unique, un mélodrame enivrant, étourdissant et à l'esthétique tellement couillue (fallait le faire, flanquer une 3D à une adaptation d'un monument de la littérature classique !), dynamique et radicale qu'on ne risque pas de revoir un tel divertissement de si tôt dans nos salles obscures.

Mais comme pour Roméo + Juliette, ou il s'était attiré les foudres des " Shakespeariens " , ici impossible de ne pas imaginer l'ire des "  Fitzgeraldiens " (dont je suis pourtant un fervant membre) contre cette adaptation forcément insatisfaisante pour tous.


Du pain bénit pour les détracteurs de toujours du metteur en scène (enfin, qui n'ont réellement fait mine de leur présence justement que depuis son Roméo + Juliette...), mais qu'importe, le bonhomme est unique en son genre tout comme ses films (et dans un milieu ou pullule les yes men, c'est encore plus louable d'affirmer sa différence), et personne avant lui n'avait su s'approprier aussi bien l’exigence de l’œuvre de Fitzgerald.

Tel un Gatsby du septième art, il en fait des tonnes avec des péloches (fêtes) imposantes limite épuisantes, qui forge son identité, en quête d'un amour (une légitimité et une reconnaissance) jadis connu mais aujourd'hui perdu.
Alors oui Gatsby le Magnifique est et restera à jamais un roman inadaptable de part son immense et son indicible richesse, mais dans l'état Luhrman nous offre sans l'ombre d'un doute le plus beau film (dans tous les sens du terme, que ce soit visuellement ou dans la mise en image de sa romance) de 2013 jusqu'à maintenant.

Loin d'être parfait mais purement magnifique et magique donc, et ce n'est déjà pas si mal.


Jonathan Chevrier


John Chevrier

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